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8 février 2009 7 08 /02 /février /2009 05:23
Le Noir qui marche à pied de Louis-Ferdinand Despreez, Phébus, 216 pages

Louis Ferdinand Despreez, pseudonyme qui lui vient de qui nous savons tous, est un auteur sud-africain qui écrit directement en français. Et le moins que l'on puisse dire c'est qu'il maîtrise notre langue aussi bien, voire bien mieux, que beaucoup d'entre nous.
Avec ce Noir qui marche à pied, l'écrivain de la "nation arc-en-ciel", comme il la désigne à de nombreuses reprises lui-même, nous dépeint une société complexe, engluée malgré la fin de l'apartheid dans des problèmes qui prennent de plus en plus de place et qui touchent aussi les ex-seigneurs de l'Afrique australe : les Blancs.
L'inspecteur Zondi, le personnage principal du livre, est un flic zoulou qui va devoir faire face à une affaire inédite : des enlèvements d'enfants blancs à la sortie de leur école. En effet, cruelle nouveauté, cette forme de criminalité touche désormais les gosses des beaux quartiers, d'origine afrikaaner de surcroît. L'ensemble s'avère bien étrange car il faut attendre des semaines avant que les ravisseurs ne se manifestent et précisent leurs intentions.
Zondi, accompagné de son adjoint afrikaaner Roelof Krieg, va essayer de déterminer les tenants et les aboutissants de cette histoire de rapts d'enfants.

Si l'enquête en elle-même ne présente pas un intérêt des plus grands - les policiers étant mis sur la bonne piste grâce à la bêtise des ravisseurs et à la découverte d'un indice bien trop évident - Despreez nous invite essentiellement à découvrir l'état de la société sud-africaine contemporaine.
Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il n'est pas très reluisant...
En fait, mais on n'avait pas encore mesuré l'ampleur d'un phénomène pourtant connu, on réalise que la nouvelle Afrique du Sud multi-ethnique ressemble un peu à une jungle dont on ne saurait affirmer si elle sera un jour maîtrisée.
L'auteur nous décrit un pays que l'on perçoit à la dérive, encore terriblement marqué par son passé et les réflexes y étant liés mais surtout, et c'est là qu'on sent poindre un pessimisme radical sous sa plume, livré aux affres du présent de manière désordonnée. Rien ne semble fonctionner dans ce pays mis à part la criminalité qui jouit d'une excellente santé.
À l'image du pays, Zondi paraît souvent avoir du mal à se positionner : dans sa vie personnelle, dans la pratique de son métier, dans sa conception de la justice comme dans celle de la nation.
Volontariste, efficace, à la limite de la légalité, Zondi ne fait preuve de faiblesse que lorsqu'il se livre à des analyses du monde qui l'entoure ou quand il se laisse un peu aller à être surpris, par exemple, à apprécier, dans une séquence du livre où il se retrouve dans un bar afrikaaner, l'écoute de la country australe (sic). C'est pourtant lors de la lecture de tels épisodes, comme de ceux, entre autres, mettant en scène les familles des enfants enlevés que l'on est pris par ce roman.
L'écriture de Despreez est admirable. Dénuée de tout sensationnalisme voyeur comme de pudeur excessive, le Sud-Africain parvient à nous toucher là où ça fait mal, comme on dit vulgairement, et le tout, sans complaisance.
En outre, on lui est reconnaissant d'éviter de nous faire verser des larmes et de s'en tenir, en ce qui concerne l'aspect policier de son récit, aux faits.
Par ailleurs, les descriptions des townships, des "hauts-quartiers" blancs comme des banlieues dégradées où vit un sous-prolétariat, blanc également, nous permettent d'appréhender la réalité d'un pays que certains auraient trop vite idéalisé avec la chute de l'apartheid. Despreez, par la galérie de personnages qu'il nous expose, nous interroge sur l'avenir d'une nation qui, trop souvent, ne semble pas en être une tant les gouffres séparant les communautés semblent profonds.
Ce roman nous pose donc une série de questions sur l'identité comme sur les possibles d'un pays qui doit faire avec plus de 11 langues nationales. À cet égard, on est surpris par les termes qui passent dans l'un ou l'autre des idiomes comme par Zondi qui répugne à s'exprimer "en langue", c'est-à-dire en zoulou. Problème d'identité, je disais...

Si on devait émettre des réserves, ce serait surtout en ce qui concerne les conceptions de la justice comme de la nature humaine que l'ouvrage véhicule.

Zondi, à de nombreuses reprises, se montre intransigeant et à la limite de ce que, chez nous, on désignerait par le vocable de "réactionnaire". Détestant les marginaux, résolument pour la peine de mort, l'inspecteur zoulou ne nous inspire, quand il exprime ces idées précises, aucune sympathie contrairement aux passages où il s'avère lucide, reconnaît ses propres limites et nous livre une intéressante analyse de ce qu'est le racisme.
On pourrait rétorquer que c'est le personnage qui s'exprime et non l'auteur. Le problème, c'est que la voix de l'auteur ne nous semble guère différente par moments et se mêle, bien trop souvent à notre goût, à celle de son héros. On citera, par exemple, le discours d'une juge à la fin de l'ouvrage qui ferait défaillir n'importe quel abolitionniste convaincu.
Pour terminer, on serait tenté de taxer le roman de manque de hauteur de vue lorsqu'il attribue les "racines du mal", un peu trop aisément, à la nature de l'individu lui-même plutôt qu'à son environnement social.

Tout cela, je le regrette amèrement, gâche un peu le plaisir qu'on a eu à découvrir un pays dans toute sa complexité, un roman très recommandable et un auteur qui, indéniablement, ne manque pas de talent.

PS : un petit glossaire à la fin de l'ouvrage s'avère bien utile.

Cette chronique de lecture est originellement parue le 1er février dans Noirs desseins, blog sur lequel vous pouvez lire d'autres articles de Cynic63.

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Publié par Cynic63 - dans Afrique
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Septentria 13/03/2009 19:17

Hum, j'ai finalement changé d'avis et opté pour "La Mémoire courte"...

cynic63 09/02/2009 15:37

Je ne manquerai pas de lire ta chronique une fois qu'elle sera en ligne. Tu devrais apprécier ce roman hautement recommandable malgré les quelques réserves que j'émets. A bientôt

Septentria 09/02/2009 10:22

Tiens, c'est le livre que j'ai choisi moi aussi pour représenter le continent africain! Mais je n'ai pas lu ta note (juste le début, sur l'auteur), pour ne pas déflorer l'intrigue... ;-)

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