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13 mars 2009 5 13 /03 /mars /2009 05:38
R&B blitz de Ken Bruen
Série noire / Gallimard, 272 pages, mai 2007
Roman traduit de l'anglais (Irlande) par Daniel Lemoine

Londres, ses policiers, ses truands, ses bas-fonds glauques, revisités par Ken Bruen que je découvre avec ce polar. Les temps ne sont pas faciles pour l'équipe R&B : Brant, suite à un comportement violent est astreint à une psychothérapie, Roberts est déstructuré par la mort de sa femme et s'enfonce dans un alcoolisme de l'oubli tandis que Falls, la fliquette noire, subit une solitude désespérante. Entre un Brant qui ne peut sentir son psy auquel il réserve une perfidie amusante, un Roberts qui se retrouve out, une Falls en apnée et un supérieur qui ne souhaite qu'une seule et unique chose, la peau de Brant, l'atmosphère a la lourdeur du plomb. Pour ne pas arranger les choses, des meurtres en série perpétrés sur des policiers fleurissent dans les ruelles londoniennes : ces sanglants crimes ne peuvent qu'être l'oeuvre d'un psychopathe !
Ce psychopathe existe bien : il est jeune, il est haineux envers la police (il a déjà eu maille à partir avec Brant), il est raciste, il est inculte, il est blanc, il est alcoolique et carbure à la bière et au redbull sans compter quelques prises de drogues. Un joli spécimen de l'errance humaine que ce Barry Weiss ! Ah, ce tueur a une passion : les revues consacrées aux serial killers ; il vénère ces hommes, il s'identifie à eux, il est aux anges quand il lit leurs aventures et se dit qu'il pourrait faire un excellent serial killer. Aussi, se lance-t-il dans le meurtre en série, déterminant le nombre et la spécificité de ses proies (7 et des policiers), se donnant un surnom, Blitz, choisissant ses victimes au hasard, parvenant à passer inaperçu, gardant le meilleur pour la fin : Brant, la cerise sur le gâteau !
Ken Bruen tricote une intrigue qui l'air de rien happe l'attention, met en haleine, mêlant à la traque du fameux Blitz le désir de nuire professionnellement à Brant. En effet, le « super » envoie son « sbire », le pauvre McDonald, un jeune inspecteur servile et d'une bêtise incroyable, sur les traces de Brant afin de le faire tomber. Or, loin de parvenir au résultat escompté, McDonald se retrouve dans une épineuse situation : il est la cause indirecte de la mort d'un innocent... Preuve s'il en est de sa notoire incompétence. Entre horreur, gravité et humour noir, Bruen dresse un portrait sombre de la part d'ombre de notre société moderne et fait le récit d'un combat, parfois tragi-comique, du bien contre le mal, un combat qui entraîne les représentants du bien à des actes incompatibles avec leur fonction. Le monde est souvent nappé d'un brouillard étrange dans lequel les silhouettes ont des contours indéfinissables : l'être humain possède ses parts de lumière et d'ombre, composantes d'une machine d'une incroyable complexité.
Ken Bruen offre au lecteur un récit dans le récit, donnant une autre dimension au roman, dans l'utilisation, à chaque nouveau chapitre, d'une exergue qui éclaire ou provoque l'interrogation du lecteur quant à la suite de l'histoire. Un moment labyrinthique qui tout d'abord étonne pour au final être un pan important de la construction de l'enquête.
« Blitz » est un polar où la noirceur est partout, infiltrée jusque dans les moindres recoins du récit, scandée par les traits d'humour noir d'où fuse le rire, un rire étranglé par l'étendue de la couche glauque du monde. Une errance guidée dans les rues londoniennes où l'atmosphère sulfureuse des nuits imprègne les phrases... Une belle sortie dans le vertige du danger.
Merci encore Nanou pour cette balade londonienne (London Swap) !

Cette chronique de lecture est originellement parue le 11 février dans Chaperlipopette, blog sur lequel vous pouvez lire d'autres articles de Katell.

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Publié par Katell - dans Europe
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clément 13/03/2009 20:37

Très belle critique de Blitz, très bien écrite. Félicitations.

Jean-Marc Laherrère 13/03/2009 09:25

C'est vrai que c'est sombre, mais on rit aussi. Un vrai rire qui éclate. La scène d'ouverture chez le psy est un modèle du genre. Il va falloir que je me surveille, j'aime de pus en plus Brant ... C'est inquiétant.

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