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13 août 2009 4 13 /08 /août /2009 07:21
La mémoire courte, de Louis-Ferdinand Despreez
Points Policier, janvier 2008, 255 pages, ISBN 978-2-7578-0466-7

Non je n'ai pas laissé tombé le défi, mais j'ai beaucoup lu enchainant les ouvrages sans prendre le temps de mettre au propre mes notes de lecture.

L'organisation du Polar dans tous ses états du mois de novembre prochain m'occupe également. Dans ce cadre, j'ai eu beaucoup de plaisir à participer au FIRN découvrant ainsi des auteurs dont je ne manquerai pas de parler ici.
 
J'avais retenu dans la liste des ouvrages représentant le continent africain deux titres. L'empreinte du renard a déjà fait l'objet d'un billet dans ce blog.
Suivant les conseils de Catherine, je ne résiste pas à présenter le second La mémoire courte de Louis-Ferdinand Despreez.

Reprenons donc le défi.

4e de couverture
En pleine période électorale, une série de meurtres déstabilise l'Afrique du Sud. Chaque samedi matin, un homme est retrouvé dans une poubelle, sur le siège d'un train, dans un parc ou devant le palais présidentiel. Les corps sont violemment mutilés et la peau des visages a été arrachée. Comment identifier les victimes ? L'inspecteur Zondi va tenter d'enrayer le cycle infernal de ces crimes.
Quelquefois le prix d'un bonheur plus facile, c'est d'avoir la mémoire courte.

Louis Ferdinand Despreez est citoyen sud-africain d'expression anglaise, mais écrit en français, la langue de ses ancêtres huguenots. Il a beaucoup voyagé.
La mémoire courte est son premier roman.

Reprenant mes notes pour écrire ce billet et voulant vérifier quelques détails, j'ai commencé par relire certains passages et pris par l'intrigue, je l'ai relu entièrement et sans m'arrêter jusqu'à la dernière ligne. J'y ai pris autant de plaisir que la première fois.

L'histoire se passe dans la nouvelle Afrique du Sud, la Nation Arc-En-Ciel. Un policier noir, né et ayant vécu toute son enfance à Soweto est en charge de résoudre une affaire délicate. Des victimes sont retrouvées affreusement mutilées chaque samedi matin dans des divers endroits. Qui sont-ils ? Comment gérer cette affaire en cette période électorale toujours difficile pour le pouvoir en place ? L'enquête que mène l'inspecteur Zondi nous fait découvrir une Afrique du Sud loin des images d'Épinal. Sans concession c'est un regard désabusé qui est posé sur la Rainbow Nation, la vie de tous les jours, la politique, les traditions, l'après apartheid avec ses profiteurs et ses laissés pour compte, les pages noires de la lutte contre l'apartheid, les relations avec les autres pays dun continent africain...

Le style est agréable. Louis-Ferdinand Despreez semble faire un constat sans concession, il égratigne aussi, avec quelques pointes d'humour parfois, ceux que l'on peut qualifier de « donneurs de leçon patentés ». L'exploration de différentes pistes que propose l'auteur place le lecteur au coeur d'une intrigue bien construite qui le tient en haleine jusqu'au bout.

À ne surtout pas oublier !

Quelques phrases relevées ici et là.
1. On ne s'arrête jamais sur le bord d'une autoroute en Afrique du Sud, sauf lorsque l'on est un malade mental, une bonne sœur étrangère, un bandit ou un touriste intello qui lit des revues de politique étrangère calées mais pas les journaux locaux. Qui plus est il n'y a pas de touristes, même avec de l'éducation, sur le Ben Schoeman à 16 h 30 un vendredi.
2. Et pendant que le capitaine fait le poireau sur le bitume en regardant passer les BMW neuves et les minibus délabrés et bondés des nouveaux Sud Africains presque tous égaux, à trente ou quarante minutes de route on se prépare à tuer un Noir, peut-être deux si la soirée est bien réussie.
3. Ian ne disait plus jamais Kaffir en parlant des Noirs... Au début il avait du mal, mais maintenant ça venait tout seul, il disait boykkie à la place de kaffir. Plus personne ne disait kaffir, même si beaucoup de gens le pensaient tellement fort en disant monsieur ou madame que le mot grinçait dans leur bouche. -kaffir : terme méprisant pour désigner un Noir.
4. Son visage va servir à un muti (remède utilisé en sorcellerie)... Un dossier exhumé du fichier racontait qu'à Soweto, en janvier 2001, un malade du cancer des poumons en phase terminale avait sacrifié son petit-fils de cinq ans avec l'accord de ses parents.
5. Hillbrow, un quartier perché au sommet d'une colline au nord de la ville, était un joyeux Harlem tropical... En tirant tout doucement et subrepticement sur la ficelle de l'intolérance, les Noirs et les Blancs avaient même fini par y cohabiter en violation de l'imbécile Group Area Act qui consignait les Bantous dans leurs ghettos et de l'Immorality Act qui interdisait aux Noirs et aux Blancs de mélanger leur sang et leur salive. Hillbrow et ses quartiers environnants étaient devenus ce que les autorités appelaient pudiquement des « zones grises »... Hillbrow était avec vingt ans d'avance, le creuset de la Nouvelle Afrique du Sud. Aujourd'hui ce quartier en était devenu la poubelle...
6. C'était le seul palace cinq étoiles du continent entre Le Caire et Le Cap... Francis y avait trimballé les bagages du vieux Mitterrand, un ancien président français souffreteux et méprisant qui ne lui avait même pas adressé un regard...
7. Albert Luthuli. Avait été prix Nobel de la paix en 1960...  « Devant nous il reste à construire un nouveau pays. Il ne sera pas nécessairement noir, mais il sera africain ».
8. Le seul courant qui aurait pu passer entre ce Booysen et lui serait celui des pinces crocos d'une gégène dans les couilles pour le faire parler... S'il en avait eu le droit évidemment, mais on n'était plus « au bon vieux temps ».
9. Zondi glissa une cassette dans le lecteur du tableau de bord. Il ne comprenait rien à ce que chantait ce Jacques Brel mais il aimait bien le rythme et la langue...

Cette chronique de lecture est originellement parue le 29 juillet dans Un lecteur parmi tant d'autres, blog sur lequel vous pouvez lire d'autres articles de Michel/Anagnoste.

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Publié par Michel/Anagnoste - dans Afrique
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