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21 septembre 2009 1 21 /09 /septembre /2009 02:15
Souvenez-vous de moi / Richard Price
Lush Life, trad. de l'américain par Jacques Martinache
Presses de la Cité, 2009

Si je voulais jouer au petit jeu du 'roman de la rentrée', je dirais que je l'ai déjà trouvé. Voilà quelques semaines que j'ai refermé le bouquin de Richard Price, et la forte impression qu'il m'a laissé demeure non seulement intacte, mais elle a même tendance à s'accentuer. Un signe qui ne trompe pas.

Eric Cash, gérant d'un restaurant new-yorkais, se fait braquer un soir alors qu'il traine avec un collègue. Téméraire ou inconscient, ce dernier s'avance vers le flingue, le coup part, il meurt sur le coup.
Les flics, Matty Clark et Yolanda Bello, notant quelques incohérences dans le témoignage de Cash, commencent à l'asticoter et à monter leur petite théorie. Cash accuse deux jeunes voyous, mais des témoins assurent n'avoir vu personne dans la rue à cet instant. La déposition se transforme en garde à vue, mais les preuves tardent à venir et l'enquête s'embourbe.

Bien entendu, Souvenez-vous de moi va bien au-delà d'un simple roman policier. À partir d'un fait divers, Richard Price éclaire tout un pan de la société américaine, avec une acuité rare.
Adoptant le point de vue de différents protagonistes - Cash, Clark, Marcus le père de la victime, de jeunes voyous, la brigade d'intervention 'Qualité de la vie' (!) et bien d'autres -, Price nous offre une vision en kaléidoscope et dresse un tableau hyper-réaliste de New York et du Lower East Side, quartier juif à la sociologie mouvante, qui voit arriver de nouveaux habitants : bobos installés dans des lofts flambants neufs, latinos, noirs parqués dans les cités avoisinantes, clandestins chinois entassés dans les squats avec location de matelas... Autant de mondes parallèles qui se superposent sans jamais se rencontrer.

Si Price dresse la typologie d'un quartier, il donne surtout à voir, sans parti pris ni jugement de valeur, les frontières invisibles qui séparent les communautés et les individus, et la déliquescence d'une société.

Mais s'il évoquait déjà dans Ville noire, ville blanche les clivages entre les communautés blanche et noire, ici il donne à voir un malaise plus profond qui dépasse la question raciale : la décomposition des liens sociaux, l'atrophie des relations humaines. Que ce soit l'inspecteur Matty avec ses fils, Marcus avec son ex-femme, Eric cash avec le reste du monde, chacun des personnages semble enfermé dans sa solitude et son isolement.

Ce sont les dialogues - des modèles du genre, sur lesquels repose une grande partie du roman - qui soulignent le mieux cette incapacité chronique des personnages à communiquer avec autrui. À la surface des mots affleure de façon quasi-systématique cette espèce d'incompréhension mutuelle permanente, qui frise par moments l'absurde ou le pathétique.

Si on ajoute à tout cela une construction impeccable, une parfaite maîtrise de la tension romanesque, l'empathie et le soin apporté à des personnages criants de vérité, nous sommes en face d'un grand roman, plein d'intelligence et de finesse. Du travail d'orfèvre.

Conseil(s) d'accompagnement : les romans de Richard Price ne sont pas sans rappeler ceux de George Pelecanos : du roman noir qui passe au crible la société américaine et notamment les questions raciales et d'inégalités sociales. Avec un

peu plus de psychologie du côté de Price, à mon sens.

PS : Ville noire, ville blanche et Le samaritain viennent d'être réédités chez 10/18.

Cette chronique de lecture est originellement parue le 8 septembre dans Moisson noire, blog sur lequel vous pouvez lire d'autres articles de Yann.

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Publié par Yann - dans Amérique
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jeanjean 26/09/2009 14:52


On a là un grand auteur, mais peut-être que son côté très "urbain" et très américain quand même l'empêche de percer véritablement en France, je ne sais pas...


Martine Galati 21/09/2009 07:05

Lu cet été aussi, j'en garde un excellent souvenir!

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