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28 octobre 2009 3 28 /10 /octobre /2009 00:47
Cinq bières, deux rhums, de Jean-Bernard Pouy
Baleine, 2009, Collection Le Poulpe n° 261
ISBN 978-2-8421-9460-4 - Illustrations de Myles Hyman
 
L'auteur
Jean-Bernard Pouy, né le 2 janvier 1946 à Paris, est un écrivain de roman noir, créateur notamment du Poulpe, de Pierre de Gondol (enquêteur littéraire, voir 1280 Âmes), d'Arthur Keelt (écrivain imaginaire dont il prétend être le traducteur) ou de la Série grise (romans noirs pour les 72-83 ans)... Pratiquant l'écriture à contraintes, seul ou à plusieurs (avec notamment Daniel Pennac, Patrick Raynal ou Marc Villard), son écriture frappe par son ton libre et imaginatif. À retenir : Spinoza encule Hegel (1983), La Clef des mensonges (1988), L'Homme à l'oreille croquée (1998), Les Roubignoles du destin (2001), La récup' (2008)...
 
Le héros
Le Poulpe est une collection de romans aux éditions Baleine inaugurée en 1995 et écrite par un auteur différent à chaque épisode. On y suit les aventures de Gabriel Lecouvreur, dit le Poulpe, « quelqu'un qui fouille à son compte dans les failles et désordres apparents du quotidien. [...] Ce n'est ni un vengeur, ni le représentant d'une loi ou d'une morale, c'est un enquêteur un peu plus libertaire que d'habitude, c'est surtout un témoin » (présentation de l'éditeur). La série obéit à un certain nombres de codes : découverte d'un fait divers macabre dans le journal par Gabriel qui décide d'enquêter - durant l'enquête le Poulpe doit lire un livre et boire une bière (mais pas un simple demi) - il dit toujours en récupérer du fric (afin de ne pas ressembler à un simple flic ou héros vengeur). Les enquêtes ne sont ni linéaires ni classiques, mais se présentent comme les errances du Poulpe dans un microcosme qui s'enfonce dans la pourriture morale ou sociale. Empreintes de violence sourde (le Poulpe, comme l'animal, pour l'attendrir faut taper dessus), le mystère n'en est jamais complètement résolu (le lecteur n'a que ce qu'a vécu le Poulpe, libre à lui de réinterpréter les signes). Ah oui : et les titres sont des jeux de mots. Au final une série inégale mais au ton et à l'esprit inédit et intelligent, fleurant bon l'anarchie. Mes préférés (j'en ai lu vingt-cinq) : La petite écuyère a cafté (Jean-Bernard Pouy, n° 1), Nazis dans le métro (Didier Daeninckx, n° 4), Un  travelo nommé désir (Noël Simsolo, n° 5),  Le saint des seins (Guillaume Nicloux, n° 17), Zarmageddon (José-Louis Bocquet, n° 77), Touche pas à mes deux seins (Martin Winckler, n° 137), La route du Rom (Didier Daeninckx, n° 159).
 
Le livre
C'est la crise. Le capitalisme bat de l'aile et la résistance salariale s'organise par elle-même. Gabriel est maussade, d'autant que Chéryl, sa coiffeuse préférée est à Cannes pour un congrès. Son ami Gérard, patron de bistrot, l'envoie en Belgique à la recherche de bières pour son troquet, histoire de lui remonter le moral. Là-bas, au pays de la guerre Jupiler-Stella-Duvel, Gabriel découvre le monde des canaux, fréquente avec délice les conducteurs de péniche, bien loin de l'homme du Picardie. Quand deux meurtres attirent son attention : on retrouve un macchabée dans une péniche qui transporte des déchets métalliques et un autre entre les portes d'une écluse. Deux crimes macabres dans un pays en proie au désespoir à trois jours d'intervalle, il n'en faut pas plus au Poulpe pour se réveiller. Et cinq bières, deux rhums, ce sera le minimum pour s'enfoncer dans l'imbroglio.
Quinze ans après La petite écuyère a cafté, premier roman de la série, Jean-Bernard Pouy revient avec un nouvel opus, tout aussi brillant. L'écriture est inventive, souple et bourrée d'humour. L'intrigue est vaseuse à souhait. Les cinquante premières pages installent le décor de la frontière Nord-Belgique : bières à gogo, bouffe autochtone, climat pesant, et de magnifiques passages sur l'univers de la rivière et des péniches. Puis vient l'errance du Poulpe, sans queue ni tête, foisonnant de personnages truculents, où le Poulpe multiplie les fausses pistes et les impasses, bousculant tel un Maigret, par sa seule présence, la première impression pour arriver aux magouilles cachées. Les quarante dernières pages voient, tout en sous-entendus, la mise en place du puzzle. Pas de coup de théâtre ou de longs monologues : le Poulpe cogne et extorque du pèze, sans donner l'impression de vraiment dénouer le vrai du faux. Cela se termine sur la sensation  d'un rêve inachevé, d'une errance à la Lewis Caroll. Donc un excellent opus de la série, mais pas nécessairement pour commencer : mieux vaut d'abord lire deux ou trois des dix premiers.
 
Extrait
« L'heure du repas approchait. De la fenêtre, Gabriel apercevait la foule dense des écoliers et lycéens affluer vers la gare. Leur journée n'était pas finie. il y aurait encore le TER, les devoirs et Canal +.
Gabriel prit une grande decision. Ce soir, en bas, au resto, il goûterait enfin au potjevlesh.
C'était absolument dégueulasse. Toute cette viande froide et blanche. Toute cette gélatine. L'impression de manger une grosse dame. La première fois que le Nord le décevait vraiment. Après avoir essayé bravement d'avaler ça, il abandonna et se rabattit sur un fondamental : des saucisses-frites. Regards un peu dégoûtés du serveur qui le considérait définitivement comme un béotien de la pire espèce : un Parisien.
Il ne trouva pas le sommeil de suite. Trop d'éléments dansaient dans son cortex. Sans vouloir s'emboîter. Il regarda un peu la télévision. Le monde était partagé en trois : d'un côté les agitations stériles de financiers de tout poil et de politiques aux ordres, de l'autre, des bonobos en train de copuler, hilares, avec d'autres bonobos, et au milieu, des crapauds hurleurs soi-disant vedettes de la nouvelle chanson française.
Il entendit, plus bas, les braillements de supporters en délire. Bizarrement ça le calma et, alors, il s'endormit du sommeil de l'injuste. »
 
Le film : Le Poulpe (1998)
Ce n'est pas l'adaptation du roman, mais une histoire inédite. Réalisé par Guillaume Nicloux (Une affaire privée en 2002, Le concile de pierre en 2005 ou La clef en 2007) sur un scénario de Guillaume Nicloux, Jean-Bernard Pouy et Patrick Raynal themselves, on y retrouve avec délice les personnages de la série, dans une affaire qui mènera Gabriel à Saint-Nazaire, où il cherche à se faire rembourser de petites frappes qui ont saccagé la tombe d'un parent de Chéryl. Mais les jeunes pilleurs sont retrouvés assassinés, et derrière cela se cache une bien plus sombre affaire, mêlant politiques d'extrême-droite, immigration clandestine, entreprise ripoue, et une centrale nucléaire. Avec une superbe interprétation (Jean-Pierre Darroussin en Poulpe, Clotilde Courau en Cheryl et Aristide Demonico en Pedro), des seconds rôles fendards et des répliques qui tuent, il s'agit à tout le moins d'un excellent polar, d'un film culte et d'une adaptation géniale. Bon je m'arrête là, car « à force d'enculer les poules, on finit par casser les oeufs ».

Une chronique de lecture de Jeff.

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Publié par Jeff - dans Europe
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Caron 14/01/2010 16:27


Jean Bernard Pouy sera présent au salon du livre et du polar de Péronne (80200) samedi 23 et dimanche 24 pour dédicaces et rencontres.
Espace Mac Orlan avenue de la république  de 10h à 18h.
Renseignements :w.w.w.ville-peronne.fr ou 0322733100


Catherine 14/01/2010 17:29



Bonjour Caron et merci pour l'info.
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