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18 novembre 2009 3 18 /11 /novembre /2009 07:30
Le lézard noir, d'Edogowa Ranpo (1929)
Philippe Picquier, 156 pages
Traduit du japonais par Rose-Marie Makino-Fayolle
ISBN 978-2-87730-497-9 – Couverture de David Job

L'auteur
Edogawa Ranpo est le pseudonyme de Tarô Hirai (1894-1965), transcription phonétique d'Edgar Allan Poe. En effet cet écrivain, initiateur du policier populaire au Japon, était un admirateur de romanciers occidentaux tels que Poe, Arthur Conan Doyle ou Maurice Leblanc. Sa carrière littéraire s'étale entre 1922 et 1955, avec près de quarante nouvelles et trente romans. Ses intrigues sont dominées par des constructions logiques et implacables, dans un style raffiné, et teintées de perversité trouble : sadisme, soumission sexuelle, érotisme trouble... Après la guerre il se tourne vers la littérature policière enfantine et crée un prix qui porte son nom. Environ huit romans et une dizaine de nouvelles sont actuellement disponibles en français.

Le personnage
Akechi Kogoro est un détective récurrent chez Edogawa Ranpo, apparaissant dans 11 récits dont seulement deux sont accessibles en français (Le test psychologique et Le lézard noir). Influencé par le chevalier Dupin ou Sherlock Holmes, c'est un jeune dandy élégant qui enquête cependant en se basant plus sur l'analyse psychologique que sur les preuves matérielles. Maître dans l'art du déguisement, séduisant, parfois orgueilleux, c'est un détective à l'ancienne, qui s'emmêle parfois assez sournoisement dans l'univers trouble d'Edogawa.

Le roman
Le lézard noir : tel est le surnom d'une cambrioleuse de haut vol aux multiples facettes, qui a décidé d'enlever la fille du grand bijoutier Iwase Shôei, afin de l'échanger contre l'Étoile égyptienne, le plus gros diamant du Japon. Mais elle se heurtera à plusieurs reprises à la perspicacité du détective Akechi Kogoro, engagé pour protéger la belle Sanae. Et durant cette course poursuite haletante, où on ne sait jamais qui a une longueur d'avance sur l'autre, une étrange relation, faite d’attirance et de haine, se nouera entre ces deux personnages hors du commun.

Un roman assez court à la facture classique, mais grâce à une écriture brillante, légère et pleine d’humour, qui n'est pas sans rappeler les grands classiques de Poe, Conan Doyle ou Leroux, on s'y prend facilement. L'intérêt se renouvelle grâce aux multiples rebondissements, et non pas par la complexité des psychologies ou la perversité du monde d'Edogawa comme dans d'autres récits du même auteur (seule Le lézard noir se dégageant par son charisme de méchante séduite par un esprit plus brillant). Enfin un roman agréable et prenant, au charme désuet des intrigues d'investigation « logico-scientifique » du début du siècle.

Extrait
« Elle avait vraiment l'air d'une reine : sa silhouette racée, sa démarche, le luxe qu'elle affichait, les bijoux somptueux qu'elle portait, mais plus encore, le charme magnétique qui émanait d'elle. Exhibitionniste, fière et provocante !
- L'Ange noir, fais-nous ta danse des bijoux ! hurla quelqu'un. Il y eut aussitôt un brouhaha suivi d'un tonnerre d'applaudissements.
Dans un coin, l'orchestre commença à jouer. La musique quelque peu obscène du saxophone titillait curieusement le public.
La danse des bijoux avait déjà commencé, au centre du cercle qui s'était formé au milieu des spectateurs. L'Ange noir allait, d'un moment à l'autre, devenir l'Ange blanc : son corps, complètement nu, ne serait plus couvert que de deux colliers de grosses perles, de magnifiques boucles d'oreilles en jade, de bracelets incrustés d'une multitude de diamants à chaque bras et de trois bagues à ses doigts. Étincelante et cliquetante, elle dansait avec grâce, adoptant des postures aguichantes, agitant les épaules et roulant des hanches comme si elle s'était trouvée dans un harem.
- Regarde, le lézard noir s'est mis à ramper. C'est absolument magnifique.
- C'est vrai, ce petit reptile est bien vivant, on dirait.
Cette conversation s'échangeait à mi-voix entre deux jeunes gens pleins d'entrain, vêtus de smokings.
Sur le bras gauche de la belle jeune femme, un lézard noir ondulait. Il semblait ramper, les ventouses de ses pattes avançant au rythme de ses muscles. Tout en donnant l'impression qu'il allait se déplacer de son bras vers l'épaule, puis vers le cou, pour arriver enfin jusqu'aux lèvres humides et rouges, il restait indéfiniment sur place. C'était un tatouage d'une vraisemblance saisissante. »

Le film
Le livre a été adapté en 1968 par Fukasaku Kinji, connu pour ses films de yakuzas (Guerre des gangs à Okinawa en 1971) et son dernier film, Battle Royale en 2000 (il a notamment influencé John Woo, Takeshi Kitano ou Quentin Tarantino). D'après ce que j'ai compris c'est un petit bijou kitsch, basé sur une adaptation théâtrale de Mishima Yukio, malheureusement indisponible en France et projeté nulle part dans ma région. Donc pas vu et c'est bien dommage.

Une chronique de lecture de Jeff.

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Publié par Jeff - dans Asie
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