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3 janvier 2010 7 03 /01 /janvier /2010 07:04

Morituri.jpgMorituri, de Yasmina Khadra

En un coup d'œil

Baleine, Folio, 1997, 183 pages

Genre : procédure policière, historique

Mots-clés : Algérie, intégrisme, corruption, violence quotidienne

Personnage principal : Commissaire Llob

Bio-bibliographie :

http://www.yasmina-khadra.com/index.php?link=bio

Résumé et mise en film : http://www.afrik.com/article11647.html

À mon avis

J'avais lu il y a quelques années La part du mort qui m'avait fortement déconcerté. S'agissait-il là vraiment d'un roman policier ? J'ai oublié la question, mais quelque chose du roman est resté accroché : quelque chose de pénible, de lourd, quelque chose qui hante, qui remue par en dedans, qui nous colle dessus comme une sangsue. J'ai donc décidé de revisiter l'auteur en tâtant son premier polar, Morituri (1), gagnant du Trophée 813 du meilleur roman francophone 1997.

Entre 84 et 97, Khadra (1955-...) a publié 7 romans non policiers. Khadra est un pseudonyme, ce qui est compréhensible pour un militaire et même pour n'importe quel intellectuel algérien, l'un et l'autre ayant souvent été la cible des intégristes religieux, de la pègre omniprésente avec la corruption et la violence qui en découlent. À partir de 2000, Khadra se consacre à la littérature (après 36 ans de vie militaire), puis s'installe en France avec sa femme et ses trois enfants.

L'univers où évolue son commissaire Llob est plus difficilement imaginable que celui de l'écrivain chinois Xiaolong, des écrivains islandais ou norvégiens, des Russes et des Indiens. Les Francophones d'Amérique ont fréquenté l'Algérie ensoleillée de Camus, ont plutôt applaudi l'Indépendance algérienne et, même s'ils ont entendu parler d'un intégrisme islamiste particulièrement virulent (au point où les agences de voyage déconseillent qu'on s'y rende), continuent de rêver à l'Algérie comme à un havre de paix et d'innocence. D'où l'électrochoc asséné par un roman de Khadra.

Morituri... te salutant, sans doute, mais pas sans s'être farouchement défendus. Tel est le lot du commissaire et de quelques rares amis fiables, artistes, intellectuels, collègues... Tout autour : le sang, les sirènes, les assassinats sélectifs, les attentats collectifs, l'apocalypse : « Chaque matin, le BRQ nous apprend qu'un enfant a été tué, qu'une famille a été décimée, qu'un train a brûlé, qu'un pan de bled est sinistré ». Comment retrouver dans un tel décor de décadence, de fin des temps, la fille nymphomanio-hystérico-droguée d'une grosse légume puissante et sans scrupule ? Déjà suspect pour son incorruptibilité, Llob remue trop de merde pour ne pas devenir la cible des tueurs déchaînés : policier et écrivain de polars, c'est du bon gibier. Ça tombe beaucoup autour de lui. Il remonte néanmoins la piste jusqu'à ce que son succès apparent lui revienne en pleine face. Il ne lui reste qu'à rebondir. Jusqu'à l'origine de l'engrenage.

Ce n'est pas un roman qui se résume vraiment. Le vrai sujet, c'est Alger. La ville et le pays ne figurent pas comme toile de fond. Ils vivent, respirent, souffrent, se transforment de mal en pis. Llob ne se fait pas trop d'illusions : « Plus rien ne sera comme avant. Les chansons qui m'emballaient ne m'atteindront plus. La brise musardant dans les échancrures de la nuit ne bercera plus mes rêveries. Rien n'égaiera l'éclaircie de mes rares instants d'oubli car jamais plus je ne serai un homme heureux après ce que j'ai vu ». Et pourtant, derrière cette apparente fatalité à laquelle il prétend obéir sans espoir, on devine cet amour du sable, de la mer, des amis, de la convivialité, des nuits calmes ou agréablement agitées que connaîtront peut-être ses petits-enfants.

On le constate : l'ensemble est trop dense, trop tragiquement historique, pour se contenter d'être un simple mystery novel. Et l'écriture trop poétique, trop élégante même quand elle décrit la fange et la vulgarité, pour qu'on puisse se permettre de sauter des paragraphes. Comme dans le cas de San-Antonio dans le temps, et même si la tonalité n'a rien à voir, on s'attarde plus sur les descriptions que sur les modalités de l'action comme telles. Un poème redoutable. Un auteur remarquable.


(1) Morituri te salutant. Soit : Ceux qui vont mourir te saluent. Paroles prononcées par les gladiateurs romains quand ils défilaient devant la loge impériale avant le combat.


Cette chronique de lecture est originellement parue en décembre 2009 dans Polarophiles, site sur lequel vous pouvez lire d'autres articles de Michel.

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Publié par Michel - dans Afrique
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