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12 avril 2010 1 12 /04 /avril /2010 14:05

LieuxSombres.jpgLes lieux sombres, de Gillian Flynn
Sonatine, février 2010, 479 pages

Malgré le ton parfois un peu pompeux des 4e de couverture des Éditions Sonatine, j'ai rarement été déçu par leurs livres ; chaque nouvelle parution nous apportant souvent, soit un auteur inconnu, soit un bouquin passionnant. Intrigué par l'auteure qui m'était complètement inconnue et la jaquette magnifique d'un paysage bucolique d'un sépia inspirant, je me suis procuré Les lieux sombres de Gillian Flynn et j'ai commencé la lecture... Attention, dès la première page... une comptine... qui au début nous laisse perplexe, mais n'oubliez pas d'y revenir, à la fin de votre lecture.

« Les Day étaient un clan qu'aurait pu vivre longtemps Les lieux sombres
Mais la cervelle de Ben s'est détraquée salement
...
Mais survivre au massacre c'est pas très rigolo. »

Voilà, le ton est donné, l'histoire est lancée. Vers 2 heures du matin, le 3 janvier 1985, un massacre horrible est perpétré dans une ferme près de Kansas City. La mère et deux de ses filles sont assassinées avec une violence telle, qu'on l'appelle « le massacre des Prairies ». Coups de couteau, de hache et de fusil, le sang est partout colorant une vision d'horreur. Le frère aîné, adolescent trouble, soupçonné de pédophilie, est condamné suite au témoignage de sa petite sœur de 7 ans qui a tout vu.

24 ans plus tard, Libby Day (la petite sœur) manque d'argent; elle vit, depuis les meurtres, à l'aide de dons des personnes qui l'ont prise en pitié. Centrée sur elle-même, désagréable, asociale, dépressive, colérique et dépravée, elle vit seule dans un appartement défraichi, sale, non entretenu, décoré chichement par toutes sortes d'objets volés. Pour combler ce manque d'argent, elle accepte d'aider Lyle Wirth, un membre d'une association particulière (Kill Club) qui croit à l'innocence de son frère et qui veut faire ressortir toute la vérité. On lui donne donc de l'argent pour qu'elle fasse parler les personnes, encore vivantes, qui ont vécu le drame, de près ou de loin.

Commence alors une chasse à la vérité qui nous transportera graduellement, lentement, indice par indice, vers le scénario de ce film d’horreur, réalisé il y a 24 ans.

Tout au long de la quête, Libby rencontrera une galerie de personnages qui alimenteront cette recherche de la vérité :
Les femmes de « Day-livrez Ben », amoureuses de Ben et convaincues de son innocence ;
La mère, Patty, prête à tout pour sauver sa ferme et ses enfants, une bonne mère, un peu maladroite ;
Le père, Runner, un véritable sac de défauts, profiteur machiavélique, voleur, il vit dans une décharge de produits toxiques ;
Diane, la tante protectrice ;
Krissi, la jeune fille qui, à dix ans, s'est dit victime d'abus sexuel de la part de Ben ;
Diondra, la fille délurée, amie de Ben et enceinte de lui ;
Trey, le supposé ami de Ben, adepte de satanisme et de cérémonie sanglante d'offrande au Diable ;
Et le TCM, le trou de cul du monde, petit mot « affectueux » pour définir leur ville natale.

La construction du roman sert grandement le développement de l'histoire ; on alterne avec le déroulement, minute par minute, de la journée précédant les meurtres et les rencontres de Libby (les chapitres s’intitulent « Libby Day, aujourd'hui »... !!!), à la découverte d'une autre vérité. Dès les premières pages, le lecteur se sent tout proche de la résolution de l'intrigue... Nous sommes à 24 heures des meurtres et déjà, le souffle nous manque ; nous sommes pris dans ce tourbillon, lent mais tellement déconcertant.

Le lecteur découvre, grâce aux recherches de Libby et de Lyle, les faits, un à un, suite aux rencontres des acteurs du drame. Puis, dans les chapitres couvrant la journée précédant les meurtres, l'auteure replace habilement ces témoignages dans la reconstitution des faits qui ont amené cette flambée de violence.

Le style de Gillian Flynn, direct et cru, augmente et exacerbe la densité de l'intrigue. La lecture en demeure simple pour nous faire accepter la complexité des personnages et la lourdeur du climat social. 

De plus, le choix de l'auteure d’utiliser deux modes de narration, vient ajouter à l'effervescence et la qualité du récit. Dans les chapitres qui relatent les événements de la journée (chapitres intitulés Ben Day), le narrateur invisible, en toute objectivité, rapportent le drame, image par image, sans poser de jugement. Dans les chapitres où Libby enquête, elle est la narratrice, en toute subjectivité mais avec en prime, toutes les émotions et les réflexions que lui font vivre ces souvenirs. Cette alternance donne au roman une dynamique et un rythme qui transportent le lecteur à une vitesse haletante. Pour notre plus grand plaisir.

Gillian Flynn nous plonge dans une atmosphère envoûtante et écrasante de pauvreté et de misère. Ses personnages sont présentés par leur côté le plus sombre, sans ménagement, sans excuse. La plupart sont retors, profiteurs, paresseux, menteurs. Malgré tout, on s'y attache, on devine leurs bons côtés, on infère leur grandeur dans la petitesse de leur humanité. Et malgré tout, on finit par les apprécier, les aimer, presque !!! Jusqu'au moment où encore une fois, ils nous déçoivent... !!!

Tout au long de notre lecture, Gillian Flynn nous catapulte dans ces lieux sombres... géographiquement et moralement. L'auteure nous invite à voyager dans ce Midwest américain des années 80, pauvre, dénué d'espoir, (« ... je partais du principe que le pire pouvait toujours se produire, puisque le pire s'était déjà produit. ») dans des fermes délabrées ou dans des parcs de roulottes, habités par des humains qui courent après le moindre dollar pour mieux oublier leur condition, dans la drogue et l'alcool.

Finalement, il est important de dire que le dénouement est à la hauteur des attentes que crée la lecture de ce livre : inattendu, surprenant mais surtout parfaitement plausible. La lecture achevée, on se remet à naviguer au travers l'intrigue et on se dit : « J’aurais dû y penser... ».

Voici donc un excellent roman qui ne vous décevra pas... En attendant avec impatience la prochaine production de Gillian Flynn.

Quelques phrases marquantes.
« Nous, les parasites, nous préférons toujours la nourriture en petits paquets, parce que les gens font moins d'histoires pour les céder. »
« ... il avait toujours la même expression, celle d'un gamin qui vivait en permanence dans une bibliothèque et s'attendrait à ce qu'on fasse chut à tout moment. »
« Et donc on finit par dire le mensonge qu'ils prennent pour la vérité.»
« C'était ça, leur famille : un foyer qui avait dépassé la date d'expiration. »

Cette chronique de lecture est originellement parue le 9 avril dans Polar, noir et blanc, blog sur lequel vous pouvez lire d'autres articles de Richard.

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Publié par Richard - dans Amérique
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