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22 janvier 2010 5 22 /01 /janvier /2010 00:03

MalloAiguilleBotte.jpgL'aiguille dans la botte de foin, d'Ernesto Mallo

Payot-Rivages, collection Rivages Noir, 2009, ISBN 978-2-74362-000-4


Je pourrais faire le malin, et prétendre que j'ai profité du Festival de Biarritz en octobre dernier, où je me suis rendu en voisin, pour me faufiler jusqu'à Ernesto Mallo et discuter avec lui, le féliciter pour ses romans noirs dans lesquels j'ai mordu à pleines dents et me réjouir avec lui de la publication de la traduction française du premier d'entre eux, La aguja en el pajar (éditions Planeta Argentina, 2006, ISBN 978-950-491-457-0), sous le titre L’aiguille dans la botte de foin. Je pourrais, mais je ne le ferai pas. À dire vrai, c'est même seulement après la tenue du Festival que j'ai appris qu'Ernesto Mallo y avait participé.

Je n'avais pas raté ses romans, fort heureusement, découverts de l'autre côté de la Bidassoa dans une librairie où j'ai mes habitudes.


Si Ernesto Malla a frappé un grand coup avec son premier roman, La aguja en el pajar (notamment avec le prix Memorial Silverio Cañada du meilleur roman policier publié en espagnol en 2006, attribué lors de la Semana Negra de Gijón en 2007), c'est que l'auteur n'est pas un perdreau de l'année. Né en 1948 dans la province de Buenos Aires, il a vécu l'Argentine coincée sous la botte de la dictature, l'Argentine mise à genou par le libéralisme délirant et la grande crise de 2001 (qui a balayé le journal qu'il dirigeait alors). Alors, quand, sans emploi, récemment séparé de son épouse et avec une de ses filles très malade, il se met à écrire son premier roman, il n'y a rien d'étonnant à ce qu'il trempe sa plume dans une encre noire et pleinement argentine.


L'aiguille dans la botte de foin est un roman noir. Très noir. Plus noir que policier, dirais-je. En effet, même si le prétexte au roman est la découverte de deux cadavres de jeunes « subversifs » (deux cadavres qui se révèlent être trois) et que le personnage principal est un commissaire de police, ce n'est pas l'intrigue policière qui constitue, à mes yeux, la colonne vertébrale de ce roman.

Ce sont plutôt les personnages, et surtout le décor qui n'est pas un arrière-plan mais bien un premier plan.


MalloAgujaPajar.jpgLe « facteur humain » cher à Graham Greene est ici bien présent, dans ces personnages que presque rien ne destinait à se rencontrer, et dont les chemins vont se télescoper. Lascano, le policier ébranlé par le décès de son épouse Marisa, Amancio Perez Lastra, pris au piège de ses dettes et de la belle Lara, Biterman, le prêteur qui a survécu à Auschwitz, Eva, la militante en qui Lascano ne peut s'empêcher de revoir son épouse. Des personnages très typés, presque trop, au point que j'ai eu parfois du mal à croire, par exemple, au pathos dégagé par l'inspecteur Lascano (même si je comprends sa douleur d'avoir perdu son épouse). Des personnages qui vont tisser entre eux la toile des sentiments humains d'amitié, d'amour, de peur, de dégoût, de révolte.


Ce roman est, plus qu'un roman policier, un portrait au scalpel de l'Argentine de la dictature, celles où le joug de la peur pesait sur tout un chacun, où les rafles conduisaient aux « disparitions ». Cette Aiguille dans la botte de foin est peut-être, pour Ernesto Mallo, le premier pas sur la voie de non de l'acceptation ou de l'analyse mais, au contraire, de la dénonciation par le portrait clinique, dénonciation de la lâcheté et de la compromission. Tant que des gens pourront prendre la plume pour réveiller les consciences, la littérature pourra servir à sauvegarder les gens, les cultures, les sociétés.


Je souhaite aux non-hispanophones de découvrir bientôt dans une traduction française Delincuente argentino (éditions Planeta Argentina, 2007, ISBN 978-950-491-702-1), qui poursuit le récit que L’aiguille dans la botte de foin a entamé. Les policiers et les assassins, les militants et les militaires, les vivants et les fantômes de cette Argentine qui aspire à autre chose qu'à la botte des généraux, sont encore au rendez-vous des lecteurs.


Alors que s'est ouvert le 11 décembre dernier, en Argentine, le procès d'une vingtaine d'anciens militaires de l'École supérieure de mécanique de la marine, centre de sinistre mémoire où furent torturés et, pour la plupart tués, environ cinq mille militants anti-dictature (on compte environ 200 survivants seulement), lire les romans d'Ernesto Mallo, La aguja en el pajar et Delincuente argentino, c'est non seulement participer à une œuvre de mémoire, mais ouvrir nos esprits au souffle de la vigilance et de la résistance, et comprendre le prix de liberté.


Pour en savoir plus sur l'auteur et son œuvre d'écrivain et de dramaturge, consultez son site internet.


Cette chronique de lecture est originellement parue le 30 décembre 2009 dans Le club Série noire, blog sur lequel vous pouvez livre d'autres articles de Xavier.

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Publié par Xavier - dans Amérique
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