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18 mai 2010 2 18 /05 /mai /2010 00:08

NoirMarchePoche.jpgLe Noir qui marche à pied, de Louis-Ferdinand Despreez
Points policier, mai 2009, 219 pages, ISBN 978-2757811405

Dans le cadre du défi Littérature policière sur les 5 continents, j'avais choisi de lire Le Noir qui marche à pied, de Louis-Ferdinand Despreez, auteur et homme politique sud-africain totalement inconnu pour moi. Bien m'en a pris : commencé hier, fini aujourd'hui.

Présentation de l'éditeur : un cinquième gamin blanc disparaît à Pretoria en trois semaines. Toujours le même scénario : les parents ne retrouvent pas leur enfant à la sortie de l'école. Pas d'indice, ni de demande de rançon, pas l'ombre d'une piste. L'inspecteur Zondi se sent impuissant face à la colère et au désespoir des familles. Mais les ravisseurs envoient une lettre anonyme et l'affaire rebondit brutalement.
« Le coupable était un Noir qui marche à pied, d'environ soixante-dix kilos, et qui ne savait pas nouer ses lacets. »

Intéressant et complexe personnage que cet inspecteur Zondi que nous suivons dans la recherche de ce 'Noir qui marche à pied' ; l'intérêt de l'histoire ne réside pourtant nullement, selon moi, dans l'enquête elle-même mais bien dans la peinture sombre et désabusée de son pays, la « nation arc-en-ciel », par Francis « Bronx » Zondi, un Zoulou qui a lui-même connu l'apartheid.
Zondi s'abandonne, bien plus souvent qu'à son tour, à la réflexion au cours de son enquête et le fruit de ses pensées nous est abondamment livré, sans complaisance aucune à l'égard de son pays, de ses compatriotes, qu'ils soient Noirs ou Blancs, qu'il évoque l'apartheid ou les années qui suivent, porteuses de tant d'espoir...
Nous découvrons une situation bien plus nuancée que celle que, de l'extérieur, nous avons souvent cru être la réalité. Le propos va donc bien au-delà de cette enquête même si l'on reste figé devant l’horreur de ce que l'on finit par découvrir en même temps que Zondi alors que l'on avait, auparavant, suivi ce 'Noir qui marche à pied', sans se douter de ce qui allait arriver. À côté de cela, malgré tout, certains passages sont relatés avec beaucoup d'humour (oserais-je dire noir ?), cinglant, principalement durant les interrogatoires.

Cette chronique de lecture est originellement parue le 14 mai dans Le monde de Paikanne, blog sur lequel vous pouvez lire d'autres articles de Pascale.

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20 mars 2010 6 20 /03 /mars /2010 13:35

MiracleSpeedy.jpgMiracle à Speedy motors, d'Alexander McCall Smith

10/18, Grands Détectives, 252 pages, janvier 2009


J'aime beaucoup cet écrivain qui développe ses histoires un peu policières au Botswana (et en Écosse). Un peu, pas beaucoup, policières, mais très, très agréables. J'aime surtout Madame Ramotswe et sa « constitution traditionnelle ».


Cette fois c'est l'histoire d'une lettre menaçante adressée à Madame et de la recherche d'une famille pour Mlle Sebina, mais c'est aussi l'histoire d'un grand lit pour Mlle Makutsi (et son fiancé) et de l'espoir d'un miracle pour M. JLB Matekoni, l'époux de Mma Ramotswe.


Je dois dire que cet épisode de Ladies' Detective Agency N°1 est particulièrement peu « polar » ou bien c'est l'impression que j'ai eue, mais je l'ai quand même aimé pour ses personnages très sympas et pour le cadre que l'auteur dessine de la vie dans la campagne du Botswana.


« Premièrement on perçoit l'odeur, cette odeur de pluie, si différente de tout, tout de suite reconnaissable et qui suffit à avoir un coup au cœur à une personne sèche, car c'est bien ça, pensait Mma Ramotswe, que nous sommes, nous Batswana, personnes sèches, qui pouvons vivre entre la poussière et l'aridité mais que dans notre intérieur nous rêvons pluie et eau. ».


[Une chronique de lecture de Gaspara].

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28 janvier 2010 4 28 /01 /janvier /2010 21:13
No1Ladies.jpgMma Ramotswe détective, d'Alexander McCall Smith
The No.1 Ladies'Detective Agency
éditeur Abacus, 256 pages, ISBN 9780349116754

Alexander McCall Smith est un auteur et juriste d'origine écossaise né en Rhodésie (aujourd'hui Zimbabwe). Il a écrit plusieurs romans mettant en scène des personnages récurrents, tels que les enquêtes de Mma Ramotswe ou 44 Scotland Street.

À la mort de son père, Mma Ramotswe hérite d'un petit pécule qu'elle décide d’investir dans la première agence de femme détective du Botswana. Malgré des débuts difficiles, elle finit par imposer ses méthodes et les clients affluent.

J'ai beaucoup aimé ce livre. D’abord, on découvre les personnages, puis les enquêtes de Mma Ramotswe. Les principaux protagonistes sont Precious Ramotswe, sa secretaire Grace Makutsi et son ami Mr J.L.B. Maketoni, propriétaire du garage proche de l'agence.

Le livre ne se base pas sur une enquête à démêler tout au long du récit mais sur plusieurs courtes investigations sur divers problèmes. Les demandes des clients sont terre-à-terre. Pas de crimes sanglants et cruels ici mais disparitions, adultères, magouilles, sorcellerie, etc. sont le lot quotidien de Mma Ramotswe. Certaines situations sont plutôt cocasses et prêtent à sourire, comme par exemple une de ses filatures où elle tente d'appliquer les règles du parfait petit détective et où finalement elle se fait prendre par la personne suivie.MmaSerie.png

L'enquête sur la disparition d'un enfant liée à la sorcellerie m'a rappelé le livre que j'avais lu précédemment sur le Botswana, Les cris de l'innocente, d'Unity Dow. Malheureusement les crimes rituels semblent être un réel fléau dans certains pays d'Afrique contre lesquels la lutte s'avère difficile puisqu'ils sont souvent commandités par des riches et puissants.

Pour terminer, voici à quoi ressemblent Mma Makutsi, Mma Ramotswe et Mr J.L.B. Maketoni dans la série de la BBC tirée des livres d'Alexander McCall Smith. Vu la description des personnages, les acteurs me paraissent plutôt bien choisis !

[C'était une chronique de lecture de Pélie].
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21 janvier 2010 4 21 /01 /janvier /2010 00:04

MaledictionLamantin.jpgLa malédiction du Lamantin, de Moussa Konaté

Fayard Noir, mai 2009, 213 pages


Des envies de changer en partie d'air littéraire et de me lancer, enfin, dans le Défi des 5 continents, m'ont poussé vers La malédiction du Lamantin, de Moussa Konaté (Fayard Noir, 2009, EAN13 978-2213635149). Il me semble bien que c'est là le premier livre que je lis d'un auteur malien et, au risque de trahir d'emblée le suspense de mon billet, je vais dire que la lecture de ce roman, dont j'attendais peut-être trop, m'a laissé tiède.

J'avais lu quelques mots sur l'auteur dans les colonnes publiées à l'occasion du Festival « Étonnants voyageurs ». Des mots élogieux puisqu'ils disaient, verbatim : « Écrivain et dramaturge, il est considéré aujourd'hui comme le meilleur représentant de la littérature de son pays. » J'ai appris à me méfier des déclarations des éditeurs de livres, notamment sur les quatrièmes de couverture, parce qu'à les en croire, chaque bouquin est LA publication qui va révolutionner le monde du livre, et chaque auteur est la révélation qui surpasse ceux qui jusque là étaient considérés comme les maîtres du genre (quel que soit ledit genre). Mais j'ai accueilli avec moins de scepticisme les mots publiés dans la tribune de ce Festival, qui m'a permis de découvrir de belles plumes au long de ses années d'existence. J'attendais donc beaucoup de Moussa Konaté (sans pour autant l'attendre au tournant).

 

J'attendais aussi beaucoup d'un polar malien, occasion rêvée de me frotter à d'autres décors, d'autres personnages, d'autres intrigues. Un peu trop optimiste, j'attendais la grande secousse, le grand plongeon. Et je n'ai eu qu'un petit tremblement, en barbotant dans le petit bain.

Parce que ce roman mêle le polar et l'ethnographie sans que la mayonnaise ne prenne vraiment. Tout comme ces « polars historiques » dont j'ai déjà dit que beaucoup d'entre eux n'arrivent pas à faire un alliage de premier choix à partir des deux matières premières que sont une intrigue policière et l'Histoire.

À tout prendre, j'aurais préféré une flânerie ethnographique, sans fil rouge policier, le portrait de ce Habib Kaite confronté à la culture des Bozos qui sont ses compatriotes et qui lui sont pourtant quasiment étrangers. Sans tomber dans la comédie de situation façon Bienvenue chez les Chtis, cette perspective-là, dans La malédiction du Lamantin, est fort intéressante. Elle bat en brèche, en tout cas, toutes les généralisations que l'on peut entendre ici et là sur « les Africains » pris comme une sorte de grande entité. Le commissaire Habib Kaite enquêtant chez les Bozos, c'est le cousin de John Book qui se retrouve chez les Amish dans le film Witness de Peter Weir. Chez les Bozos, on croit autant au pouvoir d'Allah qu'à celui des esprits du fleuve, mais on ne rechigne pas à dépasser les traditions pour utiliser les arcanes du pouvoir et faire pression sur les enquêteurs trop curieux. Et, de son côté, Habib Keita sait que la vérité se trouve autant dans les légendes d'un peuple que dans les analyses d'ADN. Savoir vivre aujourd'hui sans renier hier.
Mais cette approche ethnographique, teintée à la fois d'humour et d'affection, de sourire et de respect, est maladroitement perchée sur une intrigue policière que je qualifierais de sans surprise. Sans aucune surprise, même. Même les fausses pistes sont trop conventionnelles, à mes yeux. Je crois que j'attendais d'être bousculé, et j'ai donc été déçu de me retrouver sur mes pieds.


Au final, un roman qui m'a donc laissé tiède. Il ne m'a pas vraiment donné envie de découvrir tout de suite d'autres aventures du commissaire Kaite, mais je suis tout de même curieux d'autres livres de Moussa Konaté.

 

Cette chronique de lecture est originellement parue le 31 août 2009 dans Le club Série noire, blog sur lequel vous pouvez livre d'autres articles de Xavier.

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11 janvier 2010 1 11 /01 /janvier /2010 06:52
Morituri.jpgMorituri, de Yasmina Khadra
Baleine 1997, Instantanés de polar, 164 pages

Yasmina Khadra est un de ces nombreux auteurs dont j'entends parler depuis un moment sans avoir jamais pris le temps de le lire. Heureusement le défi Littérature policière sur les 5 continents est passé par là. Car – encore une fois ?! – j'ai été plus qu'agréablement surpris. D'ailleurs c'est mon autre coup de cœur de cette fin d'année !

Car tout est réuni pour me plaire. L'histoire tout d'abord. Simple. Le commissaire Llob est appelé – réquisitionné – pour enquêter sur la disparition de la fille d'un riche industriel. Mais qui donne un polar aux relents historiques. Car, nous voilà plongés dans l'Alger des années 90, en pleine guerre civile. Là tout n'était que désordre et horreur. Je me souviens de ces images atroces d'attentats qui ouvraient régulièrement les jités. Ce qui n'était qu'un souvenir confus d'enfant devient ici presque palpable...

Le personnage principal ensuite : le commissaire Llob, brave père de famille, auteur de polar aussi à ses heures perdues, qui s'obstine à demeurer intègre dans un monde pourri, gangréné par la luxure et la corruption. Le côté face qu'on ne pouvait deviner aux infos. Et qui rend encore plus tragique les événements. D'un côté on nous abreuve d'images d'illuminés qui font tout sauter pour donner l'exemple et/ou faire peur. De l'autre les plus riches qui se cachent dans des oasis de sécurité, égoïstes qui profitent, se complaisent dans le stupre alors que nombre de leurs concitoyens, à quelques kilomètres, vivent dans la misère – ou presque (à l'instar des subordonnées du commissaire)...

Enfin, - surtout ? - l'écriture qui nous prend aux tripes comme du CÉLINE, mais qui nous accorde aussi quelques moments de poésie :
« Le soleil commence sa descente aux enfers. Il plonge dans la mer, tente de rejoindre le rivage en s'agrippant aux vagues, mais le courant du large l'entraîne sans coup férir et il sombre dans une giclée de rage et de sang.
Des étoiles mouchettent le toit du monde. La nuit est déjà sur la ville, la lune tel un œil crevé au milieu du front. Au loin, les voitures hasardent leurs phares sur les routes traîtesses. Les sirènes s'affolent derrière les immeubles. En un tournemain, les rue sont dévitalisées. Seuls les lampadaires assistent les trottoirs dans leur consternante pauvreté. »

À lire d'urgence !!!

Cette chronique de lecture est originellement parue le 30 décembre dans iti1801, blog sur lequel vous pouvez lire d'autres articles d'iti.
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7 janvier 2010 4 07 /01 /janvier /2010 00:04
Mma-RamotsweDetective.jpgMma Ramotswe détective, d'Alexander McCall Smith
10/18, Grands détectives, 26/02/2007
249 p., 7 €, ISBN 978-2-264-04554-6
Traduit par Elisabeth Kern

Présentation de l'éditeur
« Divorcée d'un mari trompettiste porté sur la bouteille, Precious Ramotswe est bien décidée à ne plus céder aux mirages de l'amour ! J.L.B. Matekoni, gentleman garagiste, lui fait pourtant les yeux doux mais l'inénarrable 'Mma' a un projet en tête... Un beau jour, elle se jette à l'eau et ouvre à Gaborone, capitale du Botswana, son pays bien-aimé, la première agence de détectives strictement au féminin. En compagnie de son assistante, Mma Makutsi, elle déclare la guerre aux maris en fuite et aux escrocs sans vergogne. Ne reculant devant aucun danger, elle s'attaquera même à la sorcellerie, le grand tabou de l'Afrique.
Mma Ramotswe mène ses enquêtes tambour battant, sous les yeux de son soupirant favori... et pour notre plus grand plaisir. »

Avis
Quel plaisir de suivre Precious dans ses enquêtes suite à l'ouverture de son cabinet de détective privé : l'agence n° 1 des Dames Détectives du Botswana... Un lien léger, avec une enquête très touchante sur la disparition d'un enfant, et puis toutes les autres enquêtes qui se succèdent... Un véritable régal que ces histoires, qui ne manquent pas d'humour et qui nous font dévouvrir l'Afrique sous certains aspects ! Les réflexions de Mma Ramotswee sont vraiment super, surtout quand elle parle des hommes :) J'ai vraiment apprécié ce livre, et j'ai hâte de lire la suite !

Lu dans le cadre du défi Littérature policière sur les 5 continents.

Un grand merci à Marie de Soie dit en passant pour ce prêt ! (en lien son avis sur le livre).

Cette chronique de lecture est originellement parue le 30 décembre 2009 dans Délivrer des livres, blog sur lequel vous pouvez lire d'autres articles de Hérisson08.
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4 janvier 2010 1 04 /01 /janvier /2010 06:41
VieSaleBoulot.jpgLa vie est un sale boulot, de Janis Otsiémi
Jigal, 2009, 131 pages

La vie est un sale boulot est un roman noir du Gabonais Janis Otsiémi paru récemment aux éditions Jigal.

Résumé
Chicano respire de nouveau l'air de Libreville après quatre ans passés derrière les barreaux pour braquage. Durant ces longues années, personne n'est passé lui rendre visite et le jeune homme, déboussolé, erre dans les rues de la capitale gabonaise. Il se décide finalement à aller voir sa petite amie de l'époque. Seulement, elle s'est mariée et ne veut plus entendre parler de lui.
Pour le remercier d'avoir tenu sa langue, ses complices de braquage lui proposent une nouvelle collaboration. Chicano hésite, bien sûr, mais finit par accepter. Pas sûr qu'il s’agissait de la meilleure solution...

Mon avis
« Il écarta les volets, écouta la rumeur bruyante de la ville, regarda la piétaille qui se disputait la bouche des taxis sur des trottoirs poussiéreux sous un soleil de plomb... Libreville... Six-cent cinquante mille âmes... Libreville... Gros faubourg gonflant de jour en jour de son flot d'immigrés obnubilés par l'argent facile, chassés de leurs bourgades natales par la misère... Libreville... Disputant à Johannesburg, Yaoundé, Lagos, la palme de la ville la plus violente, avec ses braquages à main armée, ses viols, ses vols, ses crimes rituels, ses crimes passionnels... »
Ce qui interpelle en premier lieu à la lecture de La vie est un sale boulot, c'est le travail sur l'écriture. Janis Otsiémi va droit au but, dans un argot simple mais néanmoins enrichi d'expressions locales, ce qui lui confère un charme certain. Et que dire des proverbes africains, aussi savoureux qu'imagés du style « Suivez les abeilles et vous mangerez du miel » ou encore mieux « Qui avale une noix de coco fait confiance à son anus ».
« Pas question pour lui de faire un boulot de pion pour un salaire de paria. Gabi avait aboyé pour ramener le petit sur le droit chemin. Pas moyen. Chicano était prêt à en découdre avec son grand frère. Même pour la frime. Gabi s'était résigné, se rappelant la tirade de leur vieux père, mort dix ans plus tôt. Les conséquences corrigent mieux que les conseils. Gabi lui-même en savait quelque chose. »
On comprend assez rapidement qu'Otsiémi n'est pas de ces auteurs qui protègent leurs personnages à outrance, bien au contraire. Il n'hésite pas à les malmener, envoyant ce pauvre Chicano se frotter aux gros durs de la pègre gabonaise pour entamer sa « réinsertion ».
« Les flics de Libreville étaient connus pour leur brutalité de chiens mal nourris. Et dans la population librevilloise, on n'appréciait guère leurs méthodes quand il s'agissait d'arrêter des petits délinquants pendant que les ouattara (homme fortuné) vidaient les caisses de l'État sans être inquiétés. »
Otsiémi n'épargne pas non plus son pays, nous décrivant ses travers et appuyant intelligemment là où ça fait mal. On découvre alors un Gabon totalement corrompu, des plus hauts-fonctionnaires aux agents de police, en passant par l'armée. Les ruelles de Libreville, dans lesquelles se déroulent tous types de trafics, semblent de plus ne pas avoir grand-chose à envier aux bas-fonds des métropoles occidentales.
On retrouve finalement dans La vie est un sale boulot la quintessence du roman noir, le dépaysement en prime. Ajoutez à cela une intrigue maîtrisée et l'écriture travaillée de Janis Otsiémi et vous passerez un bon moment de lecture avec ce polar gabonais très réussi.

À signaler que j'ai choisi ce roman pour représenter l'Afrique dans le cadre du défi Littérature policière sur les 5 continents que j'avais présenté ici-même et que vous pouvez allez (re)découvrir sur le blog qui lui est consacré.

Cette chronique de lecture est originellement parue le 25 décembre dans Hannibal le lecteur, blog sur lequel vous pouvez lire d'autres articles de Hannibal.
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3 janvier 2010 7 03 /01 /janvier /2010 07:04

Morituri.jpgMorituri, de Yasmina Khadra

En un coup d'œil

Baleine, Folio, 1997, 183 pages

Genre : procédure policière, historique

Mots-clés : Algérie, intégrisme, corruption, violence quotidienne

Personnage principal : Commissaire Llob

Bio-bibliographie :

http://www.yasmina-khadra.com/index.php?link=bio

Résumé et mise en film : http://www.afrik.com/article11647.html

À mon avis

J'avais lu il y a quelques années La part du mort qui m'avait fortement déconcerté. S'agissait-il là vraiment d'un roman policier ? J'ai oublié la question, mais quelque chose du roman est resté accroché : quelque chose de pénible, de lourd, quelque chose qui hante, qui remue par en dedans, qui nous colle dessus comme une sangsue. J'ai donc décidé de revisiter l'auteur en tâtant son premier polar, Morituri (1), gagnant du Trophée 813 du meilleur roman francophone 1997.

Entre 84 et 97, Khadra (1955-...) a publié 7 romans non policiers. Khadra est un pseudonyme, ce qui est compréhensible pour un militaire et même pour n'importe quel intellectuel algérien, l'un et l'autre ayant souvent été la cible des intégristes religieux, de la pègre omniprésente avec la corruption et la violence qui en découlent. À partir de 2000, Khadra se consacre à la littérature (après 36 ans de vie militaire), puis s'installe en France avec sa femme et ses trois enfants.

L'univers où évolue son commissaire Llob est plus difficilement imaginable que celui de l'écrivain chinois Xiaolong, des écrivains islandais ou norvégiens, des Russes et des Indiens. Les Francophones d'Amérique ont fréquenté l'Algérie ensoleillée de Camus, ont plutôt applaudi l'Indépendance algérienne et, même s'ils ont entendu parler d'un intégrisme islamiste particulièrement virulent (au point où les agences de voyage déconseillent qu'on s'y rende), continuent de rêver à l'Algérie comme à un havre de paix et d'innocence. D'où l'électrochoc asséné par un roman de Khadra.

Morituri... te salutant, sans doute, mais pas sans s'être farouchement défendus. Tel est le lot du commissaire et de quelques rares amis fiables, artistes, intellectuels, collègues... Tout autour : le sang, les sirènes, les assassinats sélectifs, les attentats collectifs, l'apocalypse : « Chaque matin, le BRQ nous apprend qu'un enfant a été tué, qu'une famille a été décimée, qu'un train a brûlé, qu'un pan de bled est sinistré ». Comment retrouver dans un tel décor de décadence, de fin des temps, la fille nymphomanio-hystérico-droguée d'une grosse légume puissante et sans scrupule ? Déjà suspect pour son incorruptibilité, Llob remue trop de merde pour ne pas devenir la cible des tueurs déchaînés : policier et écrivain de polars, c'est du bon gibier. Ça tombe beaucoup autour de lui. Il remonte néanmoins la piste jusqu'à ce que son succès apparent lui revienne en pleine face. Il ne lui reste qu'à rebondir. Jusqu'à l'origine de l'engrenage.

Ce n'est pas un roman qui se résume vraiment. Le vrai sujet, c'est Alger. La ville et le pays ne figurent pas comme toile de fond. Ils vivent, respirent, souffrent, se transforment de mal en pis. Llob ne se fait pas trop d'illusions : « Plus rien ne sera comme avant. Les chansons qui m'emballaient ne m'atteindront plus. La brise musardant dans les échancrures de la nuit ne bercera plus mes rêveries. Rien n'égaiera l'éclaircie de mes rares instants d'oubli car jamais plus je ne serai un homme heureux après ce que j'ai vu ». Et pourtant, derrière cette apparente fatalité à laquelle il prétend obéir sans espoir, on devine cet amour du sable, de la mer, des amis, de la convivialité, des nuits calmes ou agréablement agitées que connaîtront peut-être ses petits-enfants.

On le constate : l'ensemble est trop dense, trop tragiquement historique, pour se contenter d'être un simple mystery novel. Et l'écriture trop poétique, trop élégante même quand elle décrit la fange et la vulgarité, pour qu'on puisse se permettre de sauter des paragraphes. Comme dans le cas de San-Antonio dans le temps, et même si la tonalité n'a rien à voir, on s'attarde plus sur les descriptions que sur les modalités de l'action comme telles. Un poème redoutable. Un auteur remarquable.


(1) Morituri te salutant. Soit : Ceux qui vont mourir te saluent. Paroles prononcées par les gladiateurs romains quand ils défilaient devant la loge impériale avant le combat.


Cette chronique de lecture est originellement parue en décembre 2009 dans Polarophiles, site sur lequel vous pouvez lire d'autres articles de Michel.

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1 janvier 2010 5 01 /01 /janvier /2010 07:40
AfricanPsycho.jpgAfrican psycho, d'Alain Mabanckou
Seuil, Collection Points

Grégory est un enfant « ramassé », un orphelin. Ce qui pourrait être pour lui une belle histoire d'adoption, tourne au cauchemar le jour où son grand frère décide de le mettre à genoux pour qu'il fasse la femme. Greg, se montre alors habile et pour éviter le pire, se retourne contre son frère et s'enfuit dans les rues de Celui-qui-boit-de-l'eau-est-un-idiot.

Ne prenez pas en pitié Grégory, parce que c'est aussi un voyou... Bon je vous l'accorde, c'est surtout un voyou raté dont les échecs en série nous font sourire.  Greg, mettra tout en œuvre  pour devenir le plus grand tueur en série de Celui-qui-boit-de-l'eau-est-un-idiot. Plus grand encore que son maître spirituel « Le grand maître Angoualima » à qui il voue un culte sans borne et s'entretient avec son esprit au cimetière-des-morts-qui-n'ont-pas-droit-au-sommeil. Chaque soir, Greg se recueille donc sur la tombe de son maître tout en mendiant des conseils dans l'espoir de le remplacer voire de devenir meilleur et surtout plus célèbre. Sa future victime, Germaine, est une ancienne prostituée qu'il a sortie de la rue pour en faire sa compagne.
African psycho dure le temps de la réflexion sur la procédure à tenir pour réussir en grande pompe ce meurtre qui rendra fier de lui son maître spirituel.

Dans ce roman très bien écrit, on se délecte des « fouarages » de Greg, on rit des situations cocasses dans lesquelles il arrive à se mettre.

Présentation de l'éditeur
« J'ai décidé de tuer Germaine le 29 décembre. J'y songe depuis des semaines parce que, quoi qu'on dise, tuer une personne nécessite une préparation à la fois psychologique et matérielle. » Grégoire Nakobomayo est un « enfant ramassé », un orphelin. Tout comme son « idole et Grand Maître », le terrible Angoualima, serial killer qui défie le pays et fait la une des journaux. Grégoire cherche à commettre son premier grand crime pour devenir aussi célèbre qu'Angoualima. Mais voilà... N’est pas serial killer qui veut... Un roman très remarqué à sa sortie, par l'auteur de Verre cassé (prix Ouest France Étonnants Voyageurs, prix des Cinq Continents, prix RFO du livre en 2005). D'o
AlainMabanckou.jpgrigine congolaise, Alain Mabanckou est une des nouvelles voix incontournables de la littérature française.

Présentation de l'auteur
Alain Mabanckou est né en 1966 au Congo-Brazzaville. Professeur de littérature francophone à l'université de Californie-Los Angeles (UCLA), il est notamment l'auteur de Verre cassé et Mémoires de porc-épic (prix Renaudot 2006).

Cette chronique de lecture est originellement parue le 22 décembre dans Valunivers, blog sur lequel vous pouvez lire d'autres articles de Valérie.
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26 décembre 2009 6 26 /12 /décembre /2009 07:10
PicDiable.jpgLe pic du diable, de Deon Meyer
Seuil Policiers, octobre 2007, 478 pages
 
Après l'Amérique, l'Océanie et l'Asie, c'est à l'Afrique que je me suis attaquée avec Le pic du diable. Comme Cocaïne et tralala, j'avais choisi Le pic du diable tout à fait au hasard. Et une fois encore, le hasard a très bien fait les choses ! J'ai vraiment beaucoup aimé ce roman de Deon Meyer.

L'intrigue est assez complexe. Je devrais même parler des intrigues car pendant une partie du livre, on suit trois intrigues en parallèle, puis deux, jusqu'à ce que tout se recoupe.

La première intrigue porte sur un homme noir dont le fils est tué sous ses yeux. Il décide alors de devenir une sorte de justicier en tuant d'un coup de sagaie les parents qui maltraitent leurs enfants.

La seconde intrigue concerne une jeune femme, « travailleuse du sexe » comme elle se définit, elle est venue se confier à un pasteur et lui raconter dans le détail toute sa vie.

Enfin, l'inspecteur Griessel est le personnage central du troisième récit. Alcoolique depuis plus de dix ans, sa femme vient de le mettre à la porte avec comme ultimatum de rester sobre pendant six mois s'il veut retrouver sa place au sein de la famille. Griessel va donc lutter contre son alcoolisme tout en tentant d'élucider l'affaire du « tueur à l'assegai ». Le rapport avec la jeune femme ? Il arrive très tard dans le roman pour le plus grand plaisir du lecteur !

L'attention du lecteur est captivée dès les premières pages car il est impossible de prévoir le lien entre les trois histoires. Et puis, le personnage de Griessel est touchant. Il est face à un dilemme : tout abandonner et replonger dans l'alcool ou alors se battre et découvrir qu'il est passé à côté de beaucoup de choses, notamment de ses enfants.

Deon Meyer nous offre donc à la fois un polar et un roman psychologique, car les personnages ne sont ni tout noir, ni tout blanc (sans mauvais jeu de mots ;-) Ils se battent pour les personnes qu'ils aiment, notamment leurs enfants, et contre leurs travers (alcool, prostitution...).

Bref, un excellent roman qui me donne vraiment envie de me plonger dans une nouvelle enquête de Deon Meyer !

Cette chronique de lecture est originellement parue le  18 décembre dans Midola's blog, blog sur lequel vous pouvez lire d'autres articles de Midola.
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Présentation

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  • : Suite au défi 'Littérature policière sur les 5 continents' lancé en décembre 2008 sur 'La culture se partage', ce blog - créé le 1er janvier 2009 - centralise les articles concernant ce défi pour en faciliter la lecture et les liens vers les blogs d'origine.
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