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21 décembre 2009 1 21 /12 /décembre /2009 07:20
AgenceBlack.jpgAgence Black Bafoussa, d'Achille F. Ngoye
Gallimard, Série noire, février 1996, 261 pages, ISBN 2-07-049590-6

Faute d'avoir pu trouver dans ma médiathèque habituelle le roman African Psycho d'Alain Mabanckou, j'ai dû me rabattre, la fin d'année arrivant, sur le seul auteur africain que j'ai découvert, non sans les avoir tous passés en revue ! Mais je garde AP pour plus tard, je le lirai dès que possible, peut-être une autre médiathèque en dispose-t-elle...

Je vais néanmoins vous présenter « mon » auteur africain lu dans le cadre du défi littéraire Littérature policière sur les 5 continents :

Danga, membre du POK (Parti Ouvrier Kalinais) est en froid avec l'ambassade de son pays, « la République négro-africaine du Kalina » et s'oppose, comme il peut au « Maréchal Président Pupu Muntu, dernier des Conducators et Kleptocrate notoire » (un mot que j'aurais dû trouver plus tôt !). Il vit, à temps partiel, avec sa fiancé Khadija, laquelle est mariée par ailleurs ce qui lui évitera de se retrouver veuve quand Danga connaîtra un sort funeste.

Alors qu'il se dirige vers la porte de son appartement sis au cinquième étage d'un immeuble de la riante Résidence des Peupliers, à laquelle on vient de sonner, il entend un bruit qu'il reconnaît pour l'avoir entendu à la télévision, celui du chargement d'un fusil, inutile de dire qu'il prend cela pour un mauvais présage, ce en quoi il n'a pas tort puisqu'il meurt un dixième de seconde plus tard.

Jim Bafoussa, par pure malchance, arrive sur ces entrefaites et aperçoit l'arme sur le paillasson de son ami Danga, il hésite, mais lui ne devant pas avoir l'habitude des séries américaines s'empare du fusil et pousse ce qui reste de la porte. Le spectacle qu'il découvre l'incite à s'enfuir, le mauvais sort s'acharnant, débouchant au rez-de-chaussée, il tombe sur des représentants des forces de l'ordre. Mauvaise pioche et mauvaise réaction : il tourne les talons brusquement ce qui attire l'attention des policiers qui n'ont pas de difficultés pour le rattraper.

Il clame son innocence mais ses empreintes sont seules sur l'arme et les balles assassines furent tirées par celle-ci, tout s'annonce mal.

L'inspecteur Mayotte (pas Jean !) est chargé de l'enquête, autant dire qu'il va explorer un univers qui lui est totalement étranger, celui de l'Afrique à Paris... L'auteur nous fait pénétrer dans un monde dont, personnellement j'ignorais (presque) tout (pourtant j'ai vécu à Paris dans le dix-huitième) ; toujours est-il que le dépaysement est garanti, surtout en regard des séries évoquées plus haut.

Quelle place le Kalina tient-il dans la liste des bordels francophones ?
Quelle est l'importance de la pérennité de la langue des Schtroumpfs ?
Quel rapport avec d'éventuels comptes en Suisse ?
Et que Fela Anikulapo Kuti ?

Vous aurez les réponses si vous lisez ce livre, l'exotisme en banlieue à la fin du vaintième siècle. Un roman noir, noir, mais pas complètement !

Achille Ngoye est né au Zaïre en 1944 dans une cité minière du Haut-Katanga. Après des études chez les Bénédictins et les Jésuites il se lance dans le journalisme et travaille pour l'hebdomadaire Afrique Chrétienne. En 1982, arrivé à Paris, il devient pigiste et travaille pour le magazine Actuel, le mensuel Afrique-Élite et Libération avant de se tourner vers l'écriture.

Cette chronique de lecture est originellement parue le 13 décembre dans Lire au nid, blog sur lequel vous pouvez lire d'autres articles de Lee Rony.
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18 décembre 2009 5 18 /12 /décembre /2009 07:54
Mma-RamotsweDetective.jpgMma Ramotswe détective, d'Alexander McCall Smith
10/18, Grands détectives, novembre 2006, ISBN 978-2264045546

L'histoire : Mma Ramotswe est une grosse femme africaine (l'auteur la présente comme cela) qui, à la mort de son père, décide d'investir son héritage pour monter la 1ère agence des Dames détectives du Botswana. Mma Ramotswe ne manque pas de sens pratique et d'audace et résoudra tous les cas qui se présenteront à elle. Mma Ramotswe n'est pas sûre que son 'commerce' fonctionnera mais elle trouve finalement une clientèle et résoud, de façon avisée, quelques affaires qui lui sont confiées. Mma Ramotswe a bon cœur et mène à bien les missions qui lui sont confiées !

J'ai adoré ce roman qui est composé de plusieurs enquêtes de Mma Ramotswe. On découvre également son histoire, ce qui nous permet d'appréhender le personnage. C'est frais, naïf à première vue (mais en fait, pas tant que ça) et l'on se sent vraiment plongé en Afrique ! Je me suis bien amusée notamment en lisant les réflexions de Mma Ramotswe, notamment quand elle dit qu'elle 'en a assez des maris'... Un bon moment, je suis sûre que je lirai les tomes suivants des aventures de cette gentille Precious, qui n'hésite pas à ajouter son grain de sel dans les affaires qui lui sont confiées. Je ne regrette pas d'avoir modifié mes choix pour le défi sur la littérature policière puisque ce changement m'a beaucoup plu !

Cette chronique de lecture est originellement parue le 3 décembre dans Les lectures de Nag, blog sur lequel vous pouvez lire d'autres articles de Nag.
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17 décembre 2009 4 17 /12 /décembre /2009 08:58
LarmesGirafe.gifLes larmes de la girafe, d'Alexander McCall Smith
10/18, Grands détectives

Mma Ramotswe, toujours à la tête de l'Agence n°1 des Dames Détectives du Botswana, se voit confier une nouvelle enquête par une Américaine qui n'a plus de nouvelles de son fils depuis plus de 10 ans. Passionné par le Botswana, celui-ci a décidé de vivre dans une ferme avec d'autres jeunes, dans le but de réussir à cultiver un sol très aride. Jusqu'au jour de sa disparition mystérieuse, que ni la police ni les hommes du consulat n'ont pu résoudre. Touchée, Mma Ramotswe accepte cette enquête, malgré son apparente irrésolution.
À côté de sa vie professionnelle, notre détective est toujours fiancée avec le garagiste, J.L.B Matekoni, homme honnête et généreux. Mais les premières questions se posent à eux : où vont-ils vivre ? Chez elle ou chez lui ? Et comment va réagir la bonne de Mr Maketoni, qui n'a pas l'air de n’avoir que des bonnes intentions. Sans parler de la faiblesse de Mr Matekoni, qui ne sait pas toujours dire non. Que pensera Mma Ramotswe en découvrant ses nouvelles responsabilités familiales ?

Les larmes de la girafe est le deuxième tome des aventures de Mma Ramotswe, première femme détective du Botswana. J'ai d'ailleurs trouvé ce titre meilleur que le premier, qui mettait les personnages en place. Comme dans le précédent roman, les « enquêtes » sont un peu secondaires et ne constituent pas vraiment des trames policières au sens où on l'entend habituellement. En tant que détective, Mma Ramotswe est chargée de retrouver des personnes disparues ou de poursuivre une femme pour déterminer si elle est fidèle ou non. Une grande partie du récit est également consacré à sa vie privée et à celle de J.L.B Matekoni, l'homme qu'elle doit épouser. Il est d’ailleurs parfois l'unique protagoniste de chapitres entiers. On est donc loin d'un vrai roman policier mais plutôt au cœur d'une chronique « couleur locale » dans laquelle l'auteur dépeint les mœurs et les coutumes du Botswana où il a enseigné le Droit à l'université.

J'aime cette série sans prétention qui me fait passer un bon moment de détente, tout en me faisant voyager dans des contrées inconnues. Alexander McCall Smith évoque le Botswana avec réalité mais aussi avec tendresse. Il parle des côtés positifs et négatifs à travers la bouche de ses personnages et des aventures qui leur arrivent. C'est sans doute la grande force de cette série, qui ne brille ni par son suspense ni par un scénario hors du commun. Les personnages principaux ont un côté vraiment attachants même si on déplorera parfois un manichéisme un peu facile entre les gentils et les méchants. Bref une série honnête à prendre pour ce qu'elle est : pas un chef d'œuvre mais un bon moyen d'évasion.

Merci Niki pour ce cadeau !

Les avis de Theoma, Joëlle, et vu le nombre de tomes de cette série, je me suis perdue dans ma recherche, donc si vous l'avez lu, signalez-vous !

Lu dans le cadre du défi Littérature policière sur les 5 continents. J'en ai lu 2/5, je doute d'arriver au bout de ce challenge, hélas :(

Cette chronique de lecture est originellement parue le 6 décembre dans Chaplum, blog sur lequel vous pouvez lire d'autres articles de Manu.
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16 décembre 2009 3 16 /12 /décembre /2009 08:44
MaledictionLamantin.jpgLa malédiction du Lamantin, de Moussa Konaté
Fayard noir, mai 2009, 213 pages, ISBN 978-2-213-63514-9

Il ne me manquait qu'un continent dans mon tour du monde des littératures policières pour le défi lancé par Catherine. Il s'agissait de l'Afrique. J'avais déjà fait mon choix mais j'ai finalement eu envie de lire une nouveauté et donc, changement de programme et de pays.

Moussa Konaté est un auteur malien. Il a été professeur de français et il se consacre maintenant à l'écriture de romans et entre autres de polars où il met en scène son héros, le commissaire Habib.

La malédiction du Lamantin commence par le meurtre du chef des Bozos, Kouata, et de sa femme pendant un orage particulièrement violent. Le commissaire Habib se rend sur place avec son adjoint Sosso. Malgré les preuves évidentes concluant à un meurtre, les villageois sont persuadés qu'il s’agit d'une mort surnaturelle, la vengeance du dieu Maa sur la famille de Kouata en raison d'une ancienne querelle.

Habib va devoir affronter la crédulité populaire et l'influence des Anciens afin de démasquer le vrai coupable et des mobiles bien plus humains.

Moussa Konaté nous montre la vie à Bamako au sein d'une ethnie. À travers son récit, il raconte la cohabitation entre les croyances ancestrales et la religion, comment le marabout peut se tenir aux côtés de l'imam mais aussi comment ils peuvent affronter la vie moderne, en particulier ce qui a été apporté par les Blancs. La lecture qu'en fait l'auteur n'est pas rigide, au contraire, il essaye de nous montrer le meilleur des deux mondes. Il parle de la tradition orale qui se transmet de génération en génération, de la médecine des marabouts qui parfois soigne mieux que la médecine occidentale mais il fait aussi paraître la naïveté de certains et la peur de l'autre. C'est le fait d'avoir placé le personnage de Habib entre les deux mondes qui le rend original et sympathique. Ayant étudié dans une école française, il lui faut essayer de comprendre à nouveau le mode de pensée africain pour arriver à démêler les motifs de ces compatriotes mais aussi trouver la faille pour servir la justice et l'équité auxquelles il croit.

C'est un récit léger et agréable que nous fait Konaté. Un portrait de la société malienne avec une intrigue policière plutôt bien construite. Je serais portée vers des textes plus noirs mais j'ai pris plaisir à ma lecture et j'ai passé un bon moment en compagnie du commissaire Habib, dépaysée, en Afrique.

C'est donc le polar qui clôt mon tour du monde, mes lectures m'auront porté sur les cinq continents mais c'est un voyage perpétuel qui continuera avec mon prochain livre. Vers où ?

Cette chronique de lecture est originellement parue le 3 décembre dans Carnets noirs, blog sur lequel vous pouvez lire d'autres articles de Morgane.
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8 décembre 2009 2 08 /12 /décembre /2009 07:59
Meurtres en sérail, de Charaf Abdessemed
Métropolis, 2002, 284 pages

Un jeune médecin légiste mène l'enquête sur une série de crimes commis contre des femmes bourgeoises d'Alger. Un portrait de la société algérienne actuelle, avec sa violence, son chaos, ainsi que les tentations d'islamisme et la corruption du pouvoir.
En voulant participer au défi littéraire policier organisé par Catherine, il m'a fallu trouver un livre qui se passe en Afrique, celui-ci a retenu mon attention grâce à son titre.

Les tueurs en série sont Européens ou Américains, il n'y pas de tel individu en Afrique et pourtant une série de meurtres perturbe la bourgeoisie algérienne. Un médecin se retrouve bien malgré lui à « enquêter » sur ces étranges meurtres. Mais dans un pays comme l'Algérie, ce n’est pas des plus aisé et Farid doit jongler avec les autorités pour essayer de démêler cette affaire. Bien sûr, sans moyen d'investigation, notre médecin et le policier qui l'accompagne dans cette affaire n'avancent pas du tout et les meurtres continuent.

En fait, derrière cette histoire policière qui se résume à des meurtres, le parcours de Farid dépeint l'Algérie : la domination des mères, le fonctionnement de la hiérarchie au sein d'un hôpital, les demandes plus ou moins légales des patients, l'influence des musulmans, le terrorisme….

Il faut attendre les dernières pages pour savoir qui est le serial killer, c'est rapide, pas très bien mené mais c'est à l'image de ce pays de contrastes et de confusion.

Cette chronique de lecture est originellement parue le 15 octobre dans Passe-temps de Pom', blog sur lequel vous pouvez lire d'autres articles de Petite Pom'.
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4 décembre 2009 5 04 /12 /décembre /2009 08:06
Le dingue au bistouri, de Yasmina Khadra
J'ai lu Policier, octobre 2007, 154 pages

Alger. Le commissaire Llob reçoit un étrange coup de téléphone : un mystérieux correspondant le prévient qu'il va commettre un crime...

Court et efficace, ce roman est un polar parfait pour lire dans le train ou un après-midi.
La personnalité blasée du personnage principal apporte un petit plus. Au travers de ses yeux, l'auteur fait quelques allusions à la situation de l'Algérie dans les années 1990 : pauvreté, corruption... L'ombre de la France plane toujours...
Agréable moment de détente.

Note : 7/10

Cette chronique de lecture est originellement parue le 9 juillet dans Thracinee-thèque, blog sur lequel vous pouvez lire d'autres articles de Thracinee.
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2 décembre 2009 3 02 /12 /décembre /2009 07:06
Morituri, de Yasmina Khadra
Baleine 1997, Instantanés de polar, 164 pages

Quatrième de couverture
« De ma fenêtre, je peux voir la misère de la casbah, sa noirceur de rinçure et au bout, la Méditerranée. Il fut un temps où, de mon mirador de patriote zélé, il me semblait que la noblesse naissait de ces gourbis meurtris par la guerre et les déconvenues. C'était le temps où Alger avait la blancheur des colombes et des ingénuités. C'était le temps des slogans, du chauvinisme ; le temps où le Mensonge, mieux qu'un pépé mythique, savait nous conter fleurette.
Aujourd'hui, de sous les décombres des abus, la Nation retrousse ses robes sur des avortons terrifiants, et mon havre de fierté supplante en laideur la plus horrible des barbaries. Désormais, dans mon pays, il y a des gosses que l'on mitraille simplement parce qu'ils vont à l'école, et des filles que l'on décapite parce qu'il faut bien faire peur aux autres.
Désormais, dans mon pays, à quelques prières du Bon Dieu, il y a des jours qui se lèvent uniquement pour s'en aller, et des nuits qui ne sont noires que pour s'identifier à nos consciences... »

Mon avis : ce livre est différent de ce que j'ai lu de l'auteur jusqu'à maintenant. C'est un polar donc forcément ce n'est pas le même genre mais même l'écriture est différente, moins poétique, moins douce dans l'horreur.
Dans ce livre j'ai apprécié le côté historique, le fanatisme, la corruption. Il fut une époque où toutes ces horreurs faisaient la Une des journaux télévisés, j'ose espère que tout a changé puisqu'on n' en parle plus.
Ce polar est le premier d'une trilogie et bien que je préfère, et de loin les romans de Yasmina Khadra, je les lirai peut-être.

Ma note 7/10

Cette chronique de lecture est originellement parue le 28 novembre dans Le boudoir des livres, blog sur lequel vous pouvez lire d'autres articles de Sylvie.
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23 novembre 2009 1 23 /11 /novembre /2009 07:37
Jusqu'au dernier, de Deon Meyer
Seuil Policiers, 2002

Encore un inspecteur dans mes relations ! Cette fois il s'agit de Mat Joubert, de la Brigade des Vols et Homicides du Cap. Pas vraiment la forme ! Sa femme, policier aussi, a été tuée il y a plus de deux ans et il se traîne avec ses idées noires. Quelques (beaucoup de) kilos en trop, un peu d'acool, trop de cigarettes.
De quoi attirer l'attention de son nouveau supérieur : remise en forme immédiate ! Il est obligé de consulter une psychologue et choisit la natation (il a bien raison...). Plus un régime.
Bien sûr il n'est pas en vacances : un « Monsieur Mon cœur » braque sous divers déguisements les succursales de la même banque ; des personnes que rien ne lie (en apparence, bien sûr !) sont assassinées par un tueur rusé et déterminé à l'aide d'une arme datant de la guerre des Boers.
Les deux affaires sont-elles liées ? Mat va-t'il enfin se libérer de ses souvenirs ?
Réponse dans ce policier de facture classique, mais attention rien de négatif dans ce terme. Bien ficelé, des personnages intéressants et attachants, une ambiance sud africaine discrètement mais efficacement rendue, un peu d'humour, du suspense, et un beau finish qui vous retourne les tripes...

Bref, une chouette découverte qui ne va pas arranger ma LAL, car après cette réussite, Deon Meyer a encore écrit...

Attention attention, ce livre, intitulé Jusqu'au dernier (vous avez vu ce sens du détail ?) est effectivement le dernier dans mes challenges de l'année 2009 !!! Plus précisément aussi le dernier du défi Littérature policière sur les 5 continents lancé par Catherine.

L'avis de Mot-à-Mots.

Cette chronique de lecture est originellement parue le 19 novembre dans En lisant en voyageant, blog sur lequel vous pouvez lire d'autres articles de Keisha.
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16 novembre 2009 1 16 /11 /novembre /2009 14:02
Morituri, de Yasmina Khadra (1997)
Lu dans Le quatuor algérien, les enquêtes du commissaire Llob
N° 510 collection Folio policier aux éditions Gallimard, 920 pages
ISBN 978-2-07-035755-0 – Couverture de Stefano de Luigi

L'auteur
Yasmina Khadra est le pseudonyme de Mohammed Moulessehoul, né en 1955 dans le Sahara algérien. C'est en 1997 qu'il entre dans la clandestinité, afin notamment de prendre ses distances par rapport à sa vie militaire. Grâce aux aventures du commissaire Llob, il acquiert une renommée internationale, et viendront par la suite des récits autobiographiques (L'écrivain en 2001, L'imposture des mots en 2002) et des romans qui illustrent le « dialogue de sourds qui oppose l'Orient et l'Occident » (Les agneaux du Seigneur en 1998, Les hirondelles de Kaboul en 2002, L'attentat en 2005, Les sirènes de Bagdad en 2006). Traduit en vingt deux langues, c'est un écrivain majeur de ces dernières années.

Le personnage
« Brahim Llob est né d'une insubordination et d'un besoin de divertir. C'est donc naturellement qu'il s'inscrit dans la volonté de plaire et d'oser. [...] Il incarne cet Algérien que personne n'écoute dans le fracas des slogans et des discours biaisés ; l'Algérien conscient des dérives de sa nation et qui tente de redresser la barre en la sachant depuis longtemps faussée. [...] Brahim Llob compte énormément pour moi. Il est mon jumeau et ma muse, mon courage et mes certitudes ; il est ce que j'aime chez les êtres et les choses : une grande part de mes rêves et de ma foi. » (Yasmina Khadra, préface au Quatuor algérien)
Ancien combattant pour l'indépendance, le commissaire Llob est un incorruptible dans un Alger dévoré par le fanatisme et les luttes de pouvoir. Avec sa langue bien pendue, écrivain à ses heures (sous le pseudonyme de Yasmina Khadra régulièrement vulgaire et misogyne, il n'est tendre avec personne, donne du fil à retordre à ses supérieurs et n'hésite pas à fouiner dans les hautes sphères de la société. Il apparaît pour la première fois en 1990 dans Le dingue au bistouri, mais c'est avec le triptyque Morituri (1997), Double blanc (1998) et L'automne des chimères (1998) que Yasmina Khadra le consacre personnage fétiche. Il reviendra une dernière fois en 2004 dans La part du mort, flash-back qui revient aux sources de la vague terroriste des années 90.

Le roman
« 'Magog' (premier titre et première version de Morituri) avait été écrit dans un état second. Je venais d'être choqué par un spectacle terrible, un attentat meurtrier. Je suis tombé dans une sorte de dépression, au cours de laquelle j'ai réglé mes comptes avec les intégristes, sans m'en rendre compte. Je me suis retrouvé avec ce manuscrit, sans me souvenir quand et comment je l'avais écrit. » (Interview de Yasmina Khadra au Monde, 12 janvier 2001)
Les années 90 : l'Algérie ploie sous la vague terroriste. Un vieux flic, Brahim Llob, refuse de céder à la panique, quand Ghoul Malek, un géant industriel, lui demande de retrouver sa fille disparue. Dans une Alger effarée, où grosses huiles mafieuses et assassins fanatiques se disputent dans l'horreur, Llob plonge dans les rouages de la manipulation.

Un roman extraordinaire, parfait pour commencer la plongée dans l'univers de Brahim Llob, à la fois violent et poignant, noir et éblouissant. Le style de Yasmina Khadra / Brahim Llob, souple et cynique (qu'il rapproche lui-même, non sans raison, de San Antonio), permet de faire passer la pilule de l'intrigue où le sordide et la cruauté vont bon train.
Le héros, magnifique dans sa droiture et auquel on s'attache vite (même si personnellement ses sarcasmes et contradictions m'ont parfois agacé), est entouré d'une palette de personnages très bien campés, régulièrement splendides dans leur humanité (le lieutenant Lino est très attachant, le vieux collègue Dine est bouleversant, Da Achour le noble est fantastique, et j'aime jusqu’à Bliss, qui à mon avis ne mérite pas l'acharnement de l'auteur).

Extrait
« — Sais-tu pourquoi les clowns mettent de la peinture sur leur figure ? Les enfants supposent que c'est pour rire. Un énorme groin rouge amuse mieux qu'un nez. Et les étoiles sur le front sont moins tristes que les rides. En vérité, Llob, les clowns se mettent des couleurs criardes sur la gueule pour fausser les traits de leur chagrin. C'est leur manière de faire semblant, de dédoubler leur personnalité. Un peu comme les oiseaux, c'est leur façon à eux de se cacher pour mourir. Et qui soupçonne la solitude d'un clown dans un cirque en fête ? Personne. Et c'est mieux ainsi. On ne s'assume que dans son secret.
Il refait face à la mer. Pour moi, c'est toute une île qui se décroche de mon archipel.
— Il y a du thé dans le Thermos, commissaire. Ça ne fait pas le bonheur d'un homme, mais ça l'aide à digérer.
Au loin, un paquebot joue à saute-mouton avec les flots. Dans le ciel boycottant nos champs et nos prières, les mouettes fusent comme des slogans.
Je n'aurais pas dû déranger un vieillard qui sait pourquoi la houle ne divertit pas les vagues quand elle se met à se déhancher. »

Le film
Production franco-algérienne, Morituri (2007) est une adaptation par Okacha Touita, avec en prime des éléments de Double blanc et de L’automne des chimères. Très fidèle au vu de l'intrigue, le film restitue avec justesse l'ambiance de guerre civile et la profondeur des personnages. Pas mal d'acteurs sont admirables, même si le jeu de certains seconds rôles laisse parfois à désirer, et voir les personnages auxquels on s'est attaché prendre vie est toujours un plaisir quand la fidélité au texte est là. Au final un film honnête, filmé dans le style années 90 ce qui le fait régulièrement ressembler à un téléfilm, à la musique sympa mais un peu lassante, de Rachid Taha.

Une chronique de lecture de Jeff.
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6 novembre 2009 5 06 /11 /novembre /2009 07:50
Les cris de l'innocente (The Screaming of the Innocent) d'Unity Dow
Spinifex Press, février 2002, 215 pages, ISBN 1876756209
En France : Actes Sud noirs, octobre 2006, 357 pages

Unity Dow est la première femme Juge à la Cour suprême du Botswana. Elle est également militante des Droits de l'Homme, membre de l'International Women's Rights Watch, et co-fondatrice de Women and Law in Southern Africa Research Project. Elle est l'auteur d'une loi sur la condition des femmes et des enfants.

En tant qu'écrivain, elle a écrit quatre romans. Ces livres traitent des questions concernant la lutte entre les valeurs occidentales et traditionnelles. Ils s'intéressent aussi aux problèmes d'égalité des sexes et de misère de son pays.

Au début du livre, on découvre un homme espionnant une gamine. Avec des complices, on se doute qu'il va perpétrer un crime. Acte pédophile ? Meurtre ? Le suspense demeure. Puis, bond en avant de cinq ans. Amantle, jeune femme ayant l'ambition de faire des études de médecine, atterrit dans un dispensaire de brousse pour accomplir son service national. Pleine de bonne volonté, elle voit là l'occasion d'apprendre le « métier ». Malheureusement, elle déchante vite et est affectée à des tâches subalternes. Sommée de nettoyer un local miteux, elle va découvrir une boîte de vêtements couverts de sang. Il s'avère que ce sont ceux d'une enfant de 12 ans, Neo, disparue cinq ans plus tôt sans laisser de traces. La police avait classé ou plutôt étouffé l'affaire et prétendue qu'elle s'était faite dévorée par des bêtes sauvages bien que cela sentait le crime rituel à plein nez. Amantle va relancer l'enquête et aider les villageois à découvrir la vérité.

Quand j'ai commencé ce livre et compris que l'on suivait les coupables durant les premières pages, j'ai douté. Y aurait-il du suspense, des rebondissements ??? Ou bien allait-on déjà tout savoir ? Du suspense, il y en a ! Pourquoi la police a-t-elle étouffé l'affaire cinq ans plus tôt et pourquoi est-elle toujours autant embarrassée ? Qu'est-il arrivé à cette gamine ? Les coupables vont-ils être démasqués ?

L'auteur dénonce les violences faites aux femmes et aux enfants, l'impunité des « riches et puissants » et la peur et la lâcheté des « petits » face à ces derniers.

J'ai vraiment adoré ce livre. J'ai découvert une république méconnue, la moins corrompue d'Afrique. J'ai apprécié les personnages de femmes fortes qui prennent leur destin en main. J'ai surfé sur le Net pour en savoir plus sur les crimes rituels. Et là, j'ai eu un choc. Cette histoire aurait pu être vraie !

Ce livre ainsi que les critiques des livres d'Alexander McCall Smith découvertes sur le site du défi Littérature policière sur les 5 continents m'ont donné envie de découvrir la littérature du Botswana. Du coup, voilà que « Mma Ramotswe détective » a rejoint ma PAL !

Pélie n'a pas de blog mais on attend sa dernière note de lecture pour ce défi.
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