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30 mars 2010 2 30 /03 /mars /2010 07:15

TokyoZodiac.jpgTokyo zodiac murders, de Soji Shimada

Rivages/Thriller, février 2010, 381 pages, ISBN 978-2743620486

Traduit du japonais par Daniel Hadida (Senseijutsu satsujinjiken, 1987)


Je ne suis pas un fan des romans à énigme. Ni un grand admirateur de Holmes, Rouletabille, et autres Poirot, même s'ils m'ont offert de belles heures de lecture il y a bien des années. Mais de temps en temps... Et puis là, il s'agissait d'un auteur japonais, traduit pour la première fois en France. De quoi exciter notre curiosité. Voici donc, en provenance du pays du soleil levant, Tokyo zodiac murders de Soji Shimada.


Les Holmes et Watson japonais se nomment Mitarai et Ishioka. Mitarai est un dilettante. Astrologue, détective déductif, aimant par-dessus tout la tranquillité... Il est interpellé par une affaire vieille de plus de quarante ans. En 1936, Heikichi Umezawa, vieux peintre misanthrope est assassiné dans son atelier. Un atelier dont la porte est fermée de l'intérieur et dont les fenêtres sont protégées par des grilles. Près du cadavre, un texte, où la victime décrivait son fantasme : fabriquer en suivant les principes astrologiques Azoth, la femme idéale. Pour les morceaux, facile, les filles vivant sous son toit les fourniraient. Quelques jours plus tard, la fille aînée de sa seconde femme est violée et tuée chez elle. Puis ce sont les cadavres incomplets des six filles sensées composer Azoth qui sont trouvés, un peu partout dans le pays. L'affaire du tueur du zodiac est née. Elle va passionner le Japon jusqu'à cette année 1979 où une femme vient apporter un document inédit à Mitarai...


Je ne suis toujours pas un fan de ce style de roman, et je n'en lirais pas tous les jours. Mais je me suis quand même bien amusé. Parce que l'auteur, tout en écrivant un roman dans la grande tradition, a réussi également à écrire un roman totalement original.


De la tradition nous avons tous les éléments : un détective génial, son assistant faire-valoir, un meurtre en chambre close, un soupçon d'astrologie (pour rire), des déductions, des schémas, un final avec présentation de la solution devant les intéressés...


Totalement original à plus d'un titre. Tout d'abord nous ne sommes pas en Angleterre mais au Japon, un pays décrit dans son évolution de 1936 à la fin des années 70. Également parce qu'aux mystères « classiques » l'auteur associe le thème moderne du serial killer. Son détective est totalement décalé, hors norme. Non pas qu'il soit cocaïnomane, alcoolique… ou autre, de ceux là, on en a des wagons. Non il est bien plus étrange, surtout pour un Japonais : figurez-vous que moins il travaille, moins il est connu, plus il est content. Il déteste avoir des obligations, devoir se lever alors qu'il a envie de rester au lit, et gagner de l'argent l'indiffère totalement. Travailler moins pour vivre mieux en quelque sorte.

Autre originalité, l'auteur interpelle directement le lecteur, le mettant au défi : « Défi lancé au lecteur […]. Il va sans dire que vous êtes désormais en possession de tous les éléments nécessaires. N'oubliez pas que la clé de l'énigme est limpide et qu'elle se trouve juste sous votre nez. » (page 282). Et plus loin : « Le second défi […]. Nous avons maintenant un indice grossier […]. Je suis pourtant sûr qu'un grand nombre de lecteurs restent encore dans l'incompréhension […]. C'est pourquoi je lance mon second défi : qui est donc ,%%µ**** ? » (page 298).


Pour finir, la liberté de ton, en particulier dans les dialogues, est très moderne, ce qui crée un contraste plaisant avec la thématique. Pour vous donner un exemple, voici comment Mitarai l'iconoclaste ose parler de son illustrissime prédécesseur : « Holmes nous est présenté comme le roi du déguisement. Une perruque et des sourcils blancs, une ombrelle et le voilà qui traverse la ville déguisé en vieille femme. Tu sais combien mesurait Holmes ? Plus de six pieds, soit quasiment un mètre quatre-vingt-dix ! Tu imagines des gens qui se disent : « Tiens, voilà une petite vieille d'un mètre quatre-vingt-dix » ? Un monstre, oui ! En fait les gens devaient se dire : « Tiens, voilà ce pitre de Holmes, encore déguisé en bonne femme ! Seul Watson se laissait avoir. »


En bref, une excellente récréation pour les amateurs de logique qui ne dédaignent pas une pointe d'humour et un filet d'exotisme.


L'avis de l'ami Jeanjean sur Moisson noire, même s'il m'énerve parce qu'il a trouvé le titre parfait pour cette chronique.


Cette chronique de lecture est originellement parue le 17 février dans Actu du noir, blog sur lequel vous pouvez lire d'autres articles de Jean-Marc.

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24 mars 2010 3 24 /03 /mars /2010 00:02
OutNKirino.jpgOut, de Natsuo Kirino
Seuil/Thrillers, 587 pages, 2006

Publié au Japon en 1997, Out a mis presque dix ans pour arriver dans les mains des lecteurs francophones... Et c'est avec joie que je vous parle aujourd'hui de ce polar dont l'action se déroule à Tokyo. L'auteure est née en 1951 et habite Tokyo depuis son adolescence. Voir le site officiel de Natsuo Kirino.

J'ai beaucoup apprécié cette lecture et j'ai plein de choses positives à dire à propos de Out. Dans ce polar, Kirino aborde la question des relations hommes/femmes et plus précisément, la situation des femmes d'âge moyen, accaparées par plein de tâches ménagères et de responsabilités et faisant face à leur quotidien et à un destin plutôt misérable. C'est drôle, j'ai parfois repensé à la trilogie de Stieg Larsson, Millénium, en le lisant. Peut-être à cause du titre, les hommes qui n'aimaient pas les femmes... Et peut-être aussi à cause de la facon dont l'auteur se sert de son roman pour nous en apprendre plus sur la société dans laquelle elle vit, sur son pays et nous le faire voir différement, dans ses défauts comme dans ses qualités. Je ne sais pas trop, en tout cas, j'ai bien aimé.

Parmi ces femmes, donc, on retrouve Yayoi, qui a deux enfants de trois et cinq ans et ne s'entend pas du tout avec son mari. Elle décide donc de le zigouiller et de là part toute l'intrigue. Ses trois collègues de travail vont l'aider à s'en tirer en se débarrassant du corps. Donc, Masako, la plus terre-à-terre d'entre-elles, va décider de le démembrer dans sa salle de bain...

Extrait
« - Oui, je sais. Mais se débarrasser d'un cadavre est un travail horrible, de toute façon. Il suffit donc de le considérer comme un déchet. C'est ce qu'il y a de mieux. À condition que ça ne te pose pas de problème. C'est ton mari que nous allons découper en morceaux et jeter à la poubelle comme des ordures ménagères. Tu supporteras ?
- Oui, dit Yayoi avec l'espèce de rictus qui lui tenait lieu de sourire. Il n'a que ce qu'il mérite.
- Terrible ! dit Masako en la fixant des yeux. Tu es vraiment terrible !
- Toi aussi, Masako.
- Non, moi, c'est pas pareil.
- Pourquoi ?
- Pour moi, c'est juste du boulot. »

Ces quatres femmes sont extrêmement bien décrites, on s'attache beaucoup à Masako (son sang-froid, sa rigueur, sa franchise et son intelligence m'ont beaucoup plu) et à certain autres. En tout cas, ils sont tous très vivants et nous font embarquer dans l'histoire sans aucun problème. Dans une interview avec l'auteure sur http://www.japanreview.net/, Kirino explique ceci :
« My main motivation to write is to “observe the fabric of human relationships.” Sometimes the threads that connect people are strong, or warped, or weak, or twisted by the encounters. »
Traduction tentée par moi-même:
« Ma motivation principale à écrire est d'observer le tissu des relations humaines. Parfois, les liens qui unissent les gens sont forts, mais parfois, ils sont faibles, pervertis, ou tordus par les rencontres. »

Donc, Kirino nous raconte, à travers cette histoire horrible, les aléas de la vie et des relations humaines. Elle aborde aussi bien l'idée du couple que de l'amitié et de ce qui se passe lorsque les rapports sont brisés.

Ma seule petite déception, s'il en est une, vient du fait que je m'attendais à autre chose en lisant la quatrième de couverture. En voici un extrait : « ...Et se trouve pris dans une spirale d'horreurs qui suit le meurtre de Kenji. Ainsi est lancée la dynamique terrifiante qui verra ces cinq personnages s'affronter dans une lutte à mort pour la liberté, l'amour, le pouvoir et l'argent. » Je m'attendais donc à beaucoup plus de morts, de sang, d'horreurs et de poursuites mais en fait ce roman est beaucoup plus doux et sobre qu'il en a l'air. Comme le dit A girl from Earth, on pourrait presque dire que c'est une belle histoire. L'accent est davantage mis sur le côté psychologique, les sentiments, le détail des relations humaines.

Donc, roman difficile à définir, à mettre dans une catégorie, à classer. Ça serait comme essayer de vous décrire un plat. Le mieux c'est de l'essayer et d'en tirer vos propres conclusions. Je dois quand même préciser que moi qui n'étais pas friande de culture japonaise, j'ai maintenant très envie d'en connaître plus sur la société, l'histoire, l'art, la cuisine et tout ce qui concerne ce magnifique pays plein de contradictions. Je crois donc que quelque part, l'auteure a atteint son but. Elle a piqué ma curiosité, éveillé mes sens et je l'en remercie. Je vous redonne donc l'adresse Internet du site de Muriel Barbery comprenant les magnifiques photographies de Stéphane Barbery. Juste parce que c'est beau...

Note personnelle 8.5/10

Lecture faite dans le cadre du défi Littérature policière sur les 5 continents organisé par Catherine.

Cette chronique de lecture est originellement parue le 16 mars dans À lire, s'il vous plaît !, blog sur lequel vous pouvez lire d'autres articles de Gabrielle.
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15 février 2010 1 15 /02 /février /2010 14:30

MeurtreKibboutz.jpgMeurtre au kibboutz, de Batya Gour

Gallimard, Folio policier, 550 pages, ISBN 978-2070308972


Batya Gour est un écrivain israélien de romans policiers. Elle enseignait la littérature à l'Université hébraïque de Jérusalem et était aussi critique littéraire dans un journal. Comme bon nombre d'auteurs de policiers, elle a son héros récurrent, le commissaire Michaël Ohayon.


Osnat, la secrétaire du kibboutz, n'est pas morte d'une pneumonie comme tout le laissait supposer mais a été empoisonnée par un puissant désherbant. Son amant étant un politicien, l'enquête est confiée à l'UNEC, une section de la Police chargée des affaires délicates. Le commissaire Michaël Ohayon va avoir la lourde tâche de faire la lumière sur cette mort suspecte dans le monde très fermé et complexe qu'est le kibboutz.

J'ai bien aimé ce livre. Le commissaire est comme on s'y attend, un flic atypique qui a du mal à se plier à sa hiérarchie. Ce qui m'a le plus plu, c'est de découvrir ce qu'est un kibboutz. Je n'avais qu'une vague idée de ce que c'était. Les mots « communauté » et « auto-satisfaction des besoins » me venaient à l'esprit. Dans le livre, j'ai été surprise de voir que le kibboutz avait une activité industrielle rentable. La vie en communauté est poussée à l'extrême. Les enfants ne vivent pas avec leurs parents mais dans la maison des enfants. Ils sont éduqués au sein du kibboutz et c'est la communauté qui décide qui envoyer à l'université. Tout est fait pour le bien-être de la collectivité et non de l'individu.

L'Histoire n'est pas le thème principal du livre mais on la sent présente tout au long du roman par des allusions à la Shoah et au conflit israélo-palestinien.

Un petit bémol : malgré une enquête intéressante (où l’on découvre le fonctionnement de la police israélienne et l'utilisation perpétuelle du détecteur de mensonge), je dois bien avouer qu'il n'est pas bien difficile de comprendre qui est le coupable et quel est son mobile.

En bref, ce livre était agréable à lire et si l'occasion se représente, je ne dirais pas non à un autre Batya Gour.

Plus qu'un livre à lire pour terminer le défi ! Il va falloir que je songe au prochain tour... Ça devient une addiction !

 

[Une chronique de lecture de Pélie.]

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23 janvier 2010 6 23 /01 /janvier /2010 00:03

TresCorruptible.jpgLe très corruptible mandarin, de Qiu Xiaolong

Points Policier, 2007, 346 pages, ISBN 978-2757804698


Un auteur qui aime gratifier ses lecteurs de descriptions très détaillées, au point que le rythme de l'intrigue se perd parfois dans les méandres des mots. Un inspecteur féru de poésie classique dans un monde où l'effervescence capitaliste se marie aux carcans d'une société plus policière que policée. Et la gastronomie qui accompagne le récit tout au long des pages. Voilà les trois éléments forts qui me restent de ma lecture du roman de Qiu Xialong Le très corruptible mandarin.


Dans cette « nouvelle » Chine, qui n'a gardé de communiste que le nom du parti au pouvoir, les affaires marchent bien pour les grands dignitaires. Plus au nord, on les appelait les « apparatchiki », ici, à Shanghai, ce sont les « mandarins ». Et ils n'ont pas grand-chose à envier à tous les puissants de toutes les époques du monde : ils brassent des fortunes, habitent de luxueuses demeures aux parcs enceints, fréquentent des clubs sélects pour VIP en quête de mille plaisirs, jouent de faveurs et de menaces, et se pensent intouchables.

Ceux qui n'ont pas encore fait connaissance avec cet auteur ou son héros comprendront rapidement que si Qiu Xialong porte la Chine dans son cœur (jusque dans son exil aux États-Unis), il ne porte pas dans son cœur ce que la société chinoise est devenue. Ses romans en tournent parfois au réquisitoire un peu lourd, et pas toujours allégé par les clins d'œil fréquents à la poésie et à la gastronomie.

Mais cela, les lecteurs de Qiu Xialong le savent déjà, depuis le premier roman de la série mettant en scène l'inspecteur Chen, Mort d'une héroïne rouge (éditions Seuil, collection Points Policier, 2003, ISBN 978-2020488877). Et si les premiers romans de la série portaient surtout sur les couches populaires chinoises, celui-ci nous amène à regarder sous le voile discret qui couvre les aspects sombres des hautes sphères.


En outre, dans ce roman-ci, la Chine est un peu moins présente que dans les autres de la série, puisque l'inspecteur Chen est amené à voyager jusqu'aux États-Unis pour poursuivre le mandarin corrompu qui donne son titre au livre. Ce qui offre au lecteur une perspective intéressante sur les États-Unis vus par un Chinois dont le rêve n'est pas de s'y installer.


Je ne fais pas partie des fans ardents de Qiu Xialong, dont je me considère plutôt comme un lecteur fortuit, empruntant quelques-uns de ses romans à la bibliothèque locale sans m'astreindre à les lire tous et encore moins à les acheter tous. Je me doute bien qu'en ne lisant pas tous les romans de la série, je passe à côté d'éléments qui construisent, approfondissent les liens entre les personnages récurrents. Mais je ne me sens pas passionné au point de m'immerger complètement dans cette série, alors que je suis, au contraire, un grand fan des romans de Martin Cruz Smith mettant en scène Arkadi Renko.

D'ailleurs, à la lecture de ce roman-ci, je me suis dit, à plusieurs reprises, que je retrouvais là des échos des aventures d'Arkadi Renko, et plus particulièrement de Parc Gorki , roman dont j'ai déjà parlé dans ce blog : la corruption au plus haut niveau, les magouillages d'hommes d'affaires qui se moquent des frontières, et une enquête confiée à un inspecteur dont « les grands méchants » espèrent que l'honnêteté idéaliste est en réalité de la naïveté qui le conduira à l'échec.


J'aurais donc bien du mal à vous dire si ce Très corruptible mandarin est dans le haut ou le bas du panier des romans de Qiu Xialong. Je peux toutefois vous dire que c'est là un roman poético-gastronomico-politico-policier qui offre quelques heures de bonne lecture, à défaut de procurer un suspense haletant ou une intrigue qui vous empêche de refermer le livre avant de l'avoir terminé.


AugustInsideRedPour les curieux

Les lecteurs qui aiment découvrir les inspirations des auteurs de polars lorsque celles-ci ont pioché dans la réalité de notre monde ne manqueront pas de trouver que le Xing Xing du roman est un cousin pas trop lointain de Lai Changxing. Cet homme d'affaires chinois de Jinjiang, dans la province du Fujian, avait fui la Chine pour le Canada à la fin des années 1990, après avoir été pris la main dans le sac d'un réseau de corruption et de contrebande dans lequel étaient impliqués de hauts dignitaires chinois. Était-il un « ennemi de la Chine » ou un complice devenu gênant ?

Les lecteurs encore plus curieux pourront se faire une idée encore plus précise des dessous de cette affaire en dévorant le livre du journaliste qui a été pendant sept ans le responsable du bureau de Pékin du London Times, Oliver August, Inside the Red Mansion : On the Trail of China's Most Wanted Man (éditions Houghton Mifflin Harcourt, 2007, ISBN 978-0618714988).


Cette chronique de lecture est originellement parue le 30 décembre 2009 dans Le club Série noire, blog sur lequel vous pouvez livre d'autres articles de Xavier.

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10 janvier 2010 7 10 /01 /janvier /2010 10:40
MortHRQiu.jpgMort d'une héroïne rouge, de Qiu Xiaolong

En un coup d'œil
Date de publication originale : 2000 (Death of a Red Heroin)
Date de l'édition française : 2003 (Liana Levi, Points, 501 pages)
Genre : enquête policière
Mots-clés : héroïne assassinée, pressions politiques
Personnage principal : inspecteur Chen Cao, de la police de Shanghai
Bio-bibliographie : ici.
Résumé et commentaire : .

À mon avis
C'est toujours assez émouvant de tomber sur un nouvel écrivain dont on aime le premier livre et qui vient de publier 6 romans policiers en six ans. Qui plus est : cet auteur est chinois (même si, né en 1953, il vit depuis 19 ans aux États-Unis) et ce sont ses années vécues à Shanghai qui inspirent directement l'univers de son inspecteur Chen Cao. Ce petit dépaysement est bienvenu. Pourtant, les noms chinois sont plus faciles à déchiffrer et à retenir que les islandais ou les suédois; la structure de ce polar est tout à fait classique; et la société chinoise des années 90 est beaucoup plus près de la nôtre (pour le meilleur et pour le pire) que celle du Juge Ti.

Cela dit, nous sommes quand même un peu dépaysés, et plusieurs commentateurs ont bien apprécié la description de la ville de Shanghai, ses quartiers riches à l'écart, ses taudis aux petites ruelles, les logements minimalistes des gens ordinaires, les édifices gouvernementaux mieux organisés, les vendeurs de mets exotiques itinérants et les grands restaurants pour les touristes ou les privilégiés. Comme l'action se situe au début des années 90, et que l'auteur à cette époque, comme le détective, approche la quarantaine et a vécu dans une famille petite-bourgeoise qui a connu les années glorieuses du maoïsme, la révolution culturelle, puis la lutte contre les gardes rouges, les gens instruits devant se faire rééduquer à la campagne, enfin les 4 libéralisations modernisantes de Deng Xiaoping (milieu 80/début 90) où les vieux cadres sont mis à la retraite et où on compte sur les jeunes scolarisés, le lecteur est plongé dans les luttes de pouvoirs entre les purs et durs et les modernes. Apparemment au-dessus de tout ça, la stabilité du Parti unique qui s'assure la suprématie en lançant de temps en temps des attaques contre des ennemis communs, ceux qui subissent les mauvaises influences de l'Occident, par exemple. Ce qui, par ailleurs, n'empêche ni les relations littéraires ni les échanges économiques entre les États-Unis et les Chinois. On en vient ainsi à vivre de l'intérieur et à comprendre cette originale cohabitation entre la libre entreprise et la pensée unique, à ce moment du développement de la Chine où le politique jouit encore d'un certain contrôle sur l'économique.

Quant à la dimension policière à proprement parler, la structure est classique : découverte d'un cadavre, recherche de l'identification, collection et étude d'indices (interrogation de l'entourage, fouille de l'appartement), belle complicité entre Chen et son adjoint Yu, respect d'un bon patron mais qui doit tenir compte d'interventions venues d'en haut, la corruption des uns et l'acharnement bien intentionné des autres ; bref on retrouve ici les chemins habituels caractéristiques des polars de procédure policière, y compris la contribution des amis et des conjointes comme chez Anne Perry et Donna Leon. Le rythme est lent dans la mesure où la description de la vie quotidienne des Chinois de Shanghai est importante, et l'intérêt de l'auteur pour la nourriture, du fast-food au grand restaurant russe du Chinois d'Outremer, a ravi bien des lecteurs. Ce qui est sympathique aussi, pour nous Québécois, c'est que nous avons l'impression que les jeunes Chinois des années 90 vivent une sorte de Révolution tranquille qui, à bien des égards, ressemble à la nôtre des années 60. Jeans ou jupes courtes, libération sexuelle (si on compare au puritanisme maoïste qui sévit jusqu'au milieu des années 80), une certaine confiance en l'avenir, remise en question d'un certain passé et de fréquents privilèges, bien que cette critique soit prudente et plus émise en privé qu'en public, parce qu'on ne sait pas trop, en cette période de transition, qui appartient à quelle tendance. L'inspecteur Chen incarne bien cette période : poète et fils d'un professeur de tendance néo-confucianiste, ayant tendance à se servir de sa tête et de son cœur plutôt que de se soumettre aveuglément à l'autorité ou aux règles, confiant malgré tout (en gros) au Parti et au progrès de l'évolution de la Chine, il apparaît comme un pragmatique sympathique et prudent.

Ce qui semble un déséquilibre, dans ce commentaire, entre l'intrigue proprement dite et le contexte où elle se déroule, traduit la composition du roman. Nous nous attachons à Chen comme au Charlie Salter d'Eric Wright ; nous sommes captivés par la vie quotidienne de la ville de Shanghai tout en étant surpris du fait que ces Chinois nous ressemblent sur bien des points. Ceux qui se passionnent pour les puzzles aux solutions subtiles, ceux qui jouissent des rebondissements inattendus qui nous sortent de nos pantoufles, et ceux qui préfèrent les méchants sadiques, les bons alcooliques et mal mariés, et les enquêtes bouclées à la hussarde, n'apprécieront pas le supplément d'âme qui habite ce roman.

Ma note : 4/5

Cette chronique de lecture est originellement parue en novembre 2009 dans Polarophiles, site sur lequel vous pouvez lire d'autres articles de Michel.
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9 janvier 2010 6 09 /01 /janvier /2010 14:19
LibrairieTanabePoche.jpgLa librairie Tanabe, de Miyabe Miyuki
Philippe Picquier Poche, 222 pages, 7,50 €
20/01/2002, ISBN 2-87730-441-8

Roman Policier
Thèmes : Librairie, Meurtre, Famille, Nouvelles

Présentation de l'éditeur
« Monsieur Iwa est libraire à Tôkyô.
Dans la librairie Tanabe, avec l'aide de son petit-fils, féru de littérature, il vend des livres d'occasion. Mais, par l'intermédiaire de leurs clients, tous deux vont se trouver impliqués dans des histoires de meurtres ou de morts étranges. Une grande perspicacité et une clairvoyance certaine alliées à une solide culture leur permettront de jouer les détectives amateurs. Il est vrai qu'ils seront conduits à découvrir les coupables grâce au titre d'un livre, ou au détour d'une phrase : clés de toutes les énigmes. »

Avis
Ce livre est en fait un recueil de nouvelles dont les personnages principaux sont toujours les mêmes : Monsieur Iwa et son petit-fils. Un couple détonnant à qui aucune énigme ne peut résister. Des secrets de famille, des meurtres, des tueurs en série... Des tas d'histoires dans l'ensemble vraiment intéressantes. Les personnages sont très sympathiques, parfois un peu caricaturaux. Je ne lis pas de romans japonais mais quelques mangas, et l'ambiance ici me semble tout à fait typique du Japon actuel.
J'ai parfois trouvé certaines histoires un peu tirées par les cheveux, trop psychologiques peut-être. C'est un petit policier sympathique, où chaque histoire est indépendante, bien écrite. Un bon moment !

Lu (aussi !!) dans le cadre du défi Littérature policière sur les 5 continents (Asie).

Un grand merci à Marie (Soie) pour ce prêt !
Oui oui aussi, elle m'en a envoyé 3 pour me permettre de finir de défi :)
Elle est chouette hein ?

Cette chronique de lecture est originellement parue le 30 décembre dans Délivrer des livres, blog sur lequel vous pouvez lire d'autres articles de Hérisson08.
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8 janvier 2010 5 08 /01 /janvier /2010 00:05
DanseuseMao.jpgLa danseuse de Mao, de Qiu Xialong
Points Policier, avril 2009, 315 pages

L'inspecteur Chen est chargé d'enquêter sur la jeune Jiao, petite-fille de Shan qui eut le privilège de danser avec le grand Timonier (qui avait bien besoin de se détendre à force de trop travailler pour la reconnaissance et la splendeur de la Chine populaire). Parce que depuis quelques temps, celle-ci semble mener la belle vie alors qu'on ne lui connaît pas de protecteur officiel. Se pourrait-il alors que cette dernière détienne un secret explosif (qui ne doit surtout pas tomber entre de mauvaises mains et risquerait de troubler la lente mais sûre avancée vers la modernité ? Car si le pays semble regarder vers l'avenir – radieux – l'ombre tutélaire de Mao n'est jamais loin. Et il ne faut surtout pas écorcher l'Histoire officielle même si certains de ses appétits (notamment sexuels) sont de notoriété « publique ») et le marchande ? C'est ce que les hautes instances de la Chine communiste des années 90 veulent savoir à tout prix ! Et c'est pourquoi elles chargent l'inspecteur Chen, après ces nombreux exploits [1] de mener des investigations au côté des forces spéciales.

Celui-ci découvrira et fera connaître aux lecteurs occidentaux « moyens » non seulement la réalité de la Chine contemporaine (nouveaux riches qui exhibent leurs maitresses comme autrefois les mandarins leurs concubines officielles ; mais aussi le peuple qui crache sur Mao s'il ne fait pas tout simplement de l'argent sur son dos – ou plutôt sur sa dépouille...) mais aussi certains aspects de la Chine « révolutionnaire » peu connus ou prou (sauf si l'on a eu la chance de regarder le documentaire diffusé par Arte sur Mao il a quelques semaines) : Mao qui n'hésite pas à sacrifier sa seconde épouse, ou encore son luxueux train blindé, sans oublier sa vision « impérialiste » en fils du Ciel à la fin de sa vie.

Agréable découverte [2] que je recommande chaudement (notamment pour les nombreux extraits poétiques qui émaillent le roman, car l'inspecteur est aussi poète à ses heures perdues) ce qui ne peut pas faire de mal en ce début d'hiver.

Notes
[1] il faudrait peut-être les lire dans l'ordre, même si je pense que comme les VARGAS ils se suffisent à eux-même car l'auteur prend soin de re-préciser de nombreux traits de caractères et anecdotes au sujet de notre héros...
[2] ce qui devient une habitude grâce au défi Littérature policière sur les 5 continents.


Cette chronique de lecture est originellement parue le 23 décembre dans iti1801, blog sur lequel vous pouvez lire d'autres articles d'iti.
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5 janvier 2010 2 05 /01 /janvier /2010 06:58
PetitsCrimesJ.jpgPetits crimes japonais (Titre original inconnu, 1978) de Kyôtarô Nishimura
Rivages/Noir, 1995, 211 pages
Anthologie établie par Jean-Christian Bouvier
Traduit du japonais par Jean-Christian Bouvier, Jean-Paul Gratias et Jean Viala

Petits crimes japonais est un recueil de nouvelles écrit par Kyôtarô Nishimura à la fin des années 1970. Publié une première fois en 1988 en France par les éditions Clancier-Guénaud, le recueil a été réédité en Rivages/Noir en 1995.

Résumé
Un policier qui commet des vols puis accuse des clochards consentants dans le but de leur faire passer l'hiver au chaud. Une jeune femme essayant de sauver son voisin du suicide. Un homme faisant chanter son coiffeur. Un vieux monsieur partageant sa passion pour le crime avec un parfait inconnu. Un employé modèle fasciné par les pickpockets au point de perdre son emploi pour les regarder agir dans le métro. Voici quelques-unes des situations de départ des huit nouvelles composant le présent recueil.

Mon avis
Bien qu'une ou deux d'entre elles soient moins convaincantes que les autres, les nouvelles de Petits crimes japonais n'en demeurent pas moins réussies pour la plupart, voire parfois excellentes. Nishimura se montre très imaginatif dès lors qu'il s'agit de trouver des modes opératoires ou des mobiles originaux et maîtrise brillamment l'art de la chute, si important pour réussir une bonne nouvelle (caractéristiques qui m'ont rappelé la série de BD Green Manor, que je vous conseillais vivement sur cette page).
« J'ai retiré la lame de son corps et suis resté stupéfait, à contempler l'homme que j'avais tué.
Il reprit son souffle et porta son verre à ses lèvres.
- Plus que de la stupeur, ce que j'ai ressenti à cet instant précis était une forme d'extase. Plus de quarante ans se sont écoulés, mais je n'ai jamais depuis, éprouvé de sensation aussi pure et aussi forte.
- Pourtant parmi les Japonais de votre génération, nombreux sont ceux qui détestent la guerre et regrettent les massacres auxquels ils ont dû participer.
- Ce sont des menteurs ! me répondit-il en haussant la voix. [...] Ce sont des hypocrites qui ne pensent qu'à sauver la face. [...] Cela me révolte ! »
Tout en nous racontant ces histoires, qui se révèlent rapidement prenantes, il nous livre une vision très sombre du Japon et du genre humain. La monotonie d'un travail loin d'être épanouissant, associée aux conséquences des soubresauts économiques, chômage en tête, semble pousser les Japonais à nuire à leur prochain et place les habitants de l’archipel parmi les champions mondiaux du suicide, thème très présent dans ce recueil, où les personnages principaux sont souvent des salary-men sans perspective d'avenir.
Le bonus « je serai moins bête ce soir »
Le suicide est très fréquent au Japon, à tel point, nous explique le traducteur, Jean-Christian Bouvier, que la langue japonaise dispose de nombreux termes pour spécifier le type de suicide. Un double suicide amoureux par exemple, se dit « murishinju », à ne pas confondre avec le suicide collectif (« shûdanjisatsu »). Quant au « seppuku » (plus connu sous le non de « hara-kiri »), il n'est semble-t-il plus pratiqué de nos jours.
Il semblerait que la France ne soit pas mal placée non plus à ce funeste palmarès, à tel point qu'elle battait le Japon à l'époque de l'écriture de cette nouvelle.
Je ne pense pas qu'on puisse parler d'idée reçue mais cette idée des Japonais champions du suicide est tout de même à relativiser, ce que fait bien cet article, déniché sur le blog d'un jeune Français habitant au Japon.
Et pour revenir à nos moutons, nous tenons là avec Petits crimes japonais un recueil de nouvelles noires inventives et efficaces dans l'ensemble, qui donne envie de poursuivre la lecture de l'œuvre de Kyôtarô Nishimura, présenté comme un des auteurs de littérature policière préférés des Japonais. Plus facile d'accès que les romans d'Edogawa, voilà un bon point de départ pour qui souhaite découvrir le polar nippon.

À signaler que j'ai choisi ce recueil de nouvelles pour représenter l'Asie dans le cadre du défi Littérature policière sur les 5 continents que j'avais présenté ici-même et que vous pouvez allez (re)découvrir sur le blog qui lui est consacré.

Cette chronique de lecture est originellement parue le 26 décembre dans Hannibal le lecteur, blog sur lequel vous pouvez lire d'autres articles de Hannibal.
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24 décembre 2009 4 24 /12 /décembre /2009 07:22
MeurtreBethleem.jpgDéfi roman policier achevé !

Le dernier livre de mon défi 2009 roman policier s'achève avec l'Asie : Meurtre sur la route de Bethléem. Une enquête du commissaire Michaël Ohayon, de Batya Gour aux éditions Gallimard dans la collection Folio policier. Traduit de l'hébreu par Laurence Sendrowicz. 466 pages.

Quatrième de couverture
« Des ouvriers palestiniens qui travaillent dans l'un des plus anciens quartiers de Béthléem trouvent, sous les toits d'une maison vide, dans la poussière, le corps d'une jeune femme défigurée à coups de planche. Plus de sac à main. Pas d'argent. Personne ne la réclame. Le quartier ne sait rien... Michaël Ohayon, sur fond de deuxième intifada, de barrages incessants et de violences civiles, va découvrir au fil de son enquête l'un des secrets les plus enfouis de l'histoire d'Israël. Des faits inavouables qui marquèrent de leur indélibile sceau des familles entières. La haine se construit aussi surement que le reste. La victime en est morte. Elle était séfarade. »

Je suis très déçue par ce roman, je n'ai pas réussi à accrocher à l'intrigue et à tout ce qu'il y a autour, c'est dommage pour un dernier roman policier.

Cette chronique de lecture est originellement parue le 14 décembre dans Lilas Violet, blog sur lequel vous pouvez lire d'autres articles d'Ashentie.
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15 décembre 2009 2 15 /12 /décembre /2009 07:08
SaveursAssPoche.jpgSaveurs assassines : Les enquêtes de Miss Lalli, de Kalpana Swaminathan
Points Policier, avril 2008, ISBN 2757805851

4ème de couverture
Inde...
Un écrivain à succès, un médecin très médiatisé, miss Lalli et sa nièce, et des jetsetteurs très en vue se retrouvent dans une vieille bâtisse à la campagne pour un week-end gastronomique, qui s'annonce des plus plaisants. L'ambiance se délite quand on découvre le cadavre de l'un des convives. Commence alors un Cluedo grandeur nature ... Miss Lalli n'a pas dit son dernier mot.

Le côté Britannique...
Écrit en anglais ce roman policier porte le sceau des romans d'Agatha Christie. Bien que je n'en aie pas lu depuis mes jeunes années, je me souviens bien des ingrédients. On rassemble sous quelque prétexte, le week-end sera parfait ; des personnages presque caricaturaux comme une jeune actrice ou un général en retraite qui tous auraient un mobile pour tuer ; dans un cadre qui a son cachet par exemple un vieux manoir ; sans oublier un enquêteur discret mais très observateur, on préférera une Miss, pour réunir au final les protagonistes afin de leur révéler la terrible vérité. Ce petit air de Cluedo avec un plan de la villa en introduction m'a vraiment rappelé des lectures de débutante, et pourtant il y avait un je ne sais quoi de moderne dans ce roman policier.

Ce que j'ai aimé
Une atmosphère Bollywoodienne parfois grotesque mais savoureusement indienne, naïve, souriante et exaltée dans les sentiments. Quelque chose de tout à fait indien. Les couleurs, les épices, les festins, la danse sont là pour accentuer l'effet. Par volonté de la traduction, le récit est truffé de vocabulaire Indi, Ourdou, Tamoul... Ce qui oblige le lecteur à se référer au lexique en fin de roman, à moins que comme moi vous ne vous contentiez du mystère de ces langues inconnues.

Ce que je n'ai pas aimé
L'histoire avance sans rythme, au gré d'un style irrégulier. Il y a d'excellents passages qui ponctuent un ensemble assez poussif :
« - Je ne connais rien au monde de la gastronomie, dis-je franchement.
Mr Bajaj sourit. Un sourire glacial qui m'évoqua les nuits froides et l'impossible distance des étoiles.
- Je vais devoir me rendre compte par moi-même, conclut-il aimablement. »
L'humour de Kalpana SWAMINATHAN m'a dérangée, assez drôle pourtant mais grossièrement féminin. Une variante trop acide de ce qui aurait pu être piquant :
« Sane, qui est piégée tel un poisson un peu gras dans des choses arachnéennes en mousseline de soie et un corsage qui a l'air d'un Wonderbra porté devant-derrière. Elle doit être la seule femme au monde à exhiber un décolleté dans le dos. »

Globalement
C'est un who-done-it sans remous, le premier cadavre que tout lecteur aura prévu arrive après deux tiers du roman. Pour un polar à dominante gastronomique disons que l'intrigue manque de saveur.

Cette chronique de lecture est originellement parue le 5 décembre dans Fans de polars et thrillers, blog sur lequel vous pouvez lire d'autres articles de Fersenette.
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  • : Suite au défi 'Littérature policière sur les 5 continents' lancé en décembre 2008 sur 'La culture se partage', ce blog - créé le 1er janvier 2009 - centralise les articles concernant ce défi pour en faciliter la lecture et les liens vers les blogs d'origine.
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