Le déjeuner du coroner, de Colin Cotterill
Le livre de poche, 314 pages, ISBN 978-2-253-12338-5
Le déjeuner du coroner est un roman de Colin Cotterill. Cet ouvrage fait partie de ma sélection pour le défi littéraire des cinq continents ; catégorie Océanie.
Présentation de l'éditeur
Laos, 1976. Les communistes du Pathet s'emparent du pouvoir et l'intelligentsia fuit le pays. Siri Paiboun, un médecin qui a fait ses études à Paris, décide de rester. À 72 ans, et bien qu'il
n’ait jamais pratiqué d'autopsie, il est nommé coroner.
Quand la femme d'un ponte du Parti meurt en plein banquet et que les cadavres de trois soldats vietnamiens sont retrouvés flottant sur les eaux d'un lac laotien, tous les regards se tournent vers
lui.
Déterminé à résoudre ces crimes en dépit des tentatives d'intimidation, Siri mène l’enquête, recrutant au passage quelques vieux amis, mais aussi les shamans hmongs, les esprits des forêts, et
même ceux des morts qui le visitent en songe...
Première des aventures du Dr Siri, vieux sage excentrique revenu de tout – un peu Maigret sauce saté, un peu juge Ti –, Le Déjeuner du coroner comblera les fans d'Alexandre McCall Smith et tous
les amateurs de polars originaux, brillants et pleins d'humour.
L'auteur a beaucoup voyagé et a enseigné dans plusieurs pays tels que l'Australie, les États-Unis, le Japon, la Thaïlande et le Laos. Et c'est dans ce dernier pays que se déroule l'histoire du
déjeuner du coroner. Siri est un médecin devenu malgré lui coroner ; le seul coroner du pays d'ailleurs. Alors qu'il n'est pas formé pour ce métier et qu'il rame pour réaliser ses autopsies, le
juge Haeng s'ajoute à toutes ses difficultés en tant qu'obstacle. En effet, il ne le laisse pas conclure ses examens et préfère éviter tout résultat néfaste au nouveau parti dirigeant. Mais le
vieux médecin n'a pas dit son dernier mot et lorsque de nouveaux cadavres apparaissent, il sent que quelque chose de terrible se trame sur le territoire laotien.
Quand vous commencerez à oublier où est votre bouche et à baver, qu'il vous faudra des couches,
alors l'État vous témoignera sa gratitude...
Outre les innombrables critiques sur le gouvernement communiste de l'époque, l'auteur parfume son roman d'humour et de fantastique. Ce mélange de plaisanterie, notamment avec le personnage
principal assez loufoque et aux répliques tonitruantes, et de surnaturel traduit parfaitement la culture laotienne et l'état d'esprit au lendemain d'une révolution qui a provoqué un changement
radical dans la vie des habitants.
Le toubib du camp était un gamin de vingt ans, formé comme infirmier de terrain
sur de simples mannequins.
La présence légère de fantastique (esprits des forêts, fantômes...) sert malheureusement à résoudre l'énigme du roman. J'écris « malheureusement » car il s'agit, pour moi, d'un outil qui permet
parfois de démêler trop facilement une intrigue. L'utilisation de surnaturel peut toutefois être excusée ici puisque cela fait intégralement partie des coutumes asiatiques. Au final, il ressort
surtout du roman des personnages sympathiques à la fois heureux et tristes suite au nouveau régime politique. Le héros n'en a pas tout à fait l'allure (il s'écrasait souvent devant sa femme par
exemple) et ne souhaite qu'une chose : finir sa vie tranquillement dans un établissement pour retraités. Ses assistants et amis, Dtui l'infirmière et Mr Geung un trisomique à la mémoire
étonnante, tiennent lieu de stéréotypes puisqu'ils permettent à l'auteur de dénoncer la place de la femme dans la société et la façon dont sont vus les handicapés au Laos à cette période ; des
critiques qui pourraient parfois être poussées au monde entier.
Le socialisme est un grand cosmos, mais la confiance est l'atmosphère qui rend les étoiles
solidaires.
Avec ce roman, Colin Cotterill nous propose un récit mélangeant politique, histoire, énigme policière et croyances locales. Plus qu'un simple roman policier, cette œuvre est un condensé de
culture laotienne et des états d'âmes d'un peuple qui ne cesse de souffrir. Heureusement que l'humour omniprésent apaise l'ambiance tendue entre chaque type de personnage.
Cette chronique de lecture est originellement parue le 28 mai dans Les polars de MiKa,
blog sur lequel vous pouvez lire d'autres articles de MiKa.