Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Suite au défi 'Littérature policière sur les 5 continents' lancé en décembre 2008 sur 'La culture se partage', ce blog - créé le 1er janvier 2009 - centralise les articles concernant ce défi pour en faciliter la lecture et les liens vers les blogs d'origine.

Publicité

Yann présente 186 marches vers les nuages, de Joseph Bialot

Pour mon premier billet pour le défi, je voulais présenter Bialot et son dernier roman, 186 marches vers les nuages.
Pourquoi Bialot ? Je trouve que c'est un bon choix pour  « repésenter l'Europe », son roman évoquant un événement et une période qui ont quand même façonné l'Europe d'aujourd'hui.
Et puis j'ai l'impression que Bialot fait partie de ces auteurs dont on a déjà vaguement entendu parler sans l'avoir forcément lu. Alors voilà c'est l'occasion.

186 marches vers les nuages / Joseph Bialot
Métailié, Noir, 2009, en librairie le 05 mars

Si la valeur n'attend pas le nombre des années, certains trouvent leur vocation sur le tard. C'est le cas de Joseph Bialot, qui commença à écrire à l'âge de 55 ans, pour ne plus s'arrêter.
Si la trentaine d'ouvrages à son actif (polars et romans historiques) sont pour la plupart teintés d'un humour pince-sans-rire, 186 marches vers les nuages appartient à ses textes plus personnels et plus graves évoquant l'univers concentrationnaire et le nazisme, à l'instar de La nuit du souvenir ou de La station Saint-Martin est fermée au public. Lui-même fut déporté à Auschwitz en 1944, expérience relatée dans le poignant C'est en hiver que les jours rallongent.

Bert Waldeck est un survivant. Ancien policier, emprisonné dès 1934 comme détenu politique, il a survécu aux camps de la mort avant de réchapper au massacre de Lübeck, en 1945, quand l'aviation britannique coula trois navires remplis de déportés.
Engagé par un officier américain, il doit l'aider à retrouver l'officier SS Hans Steiner, un ami d'enfance qu'il a aussi côtoyé durant sa captivité.
Le voilà de retour à Berlin. Sa ville natale n'est plus qu'un amas de ruines où errent comme des zombies de pauvres hères affamés et dépenaillés. Le chaos.

Waldeck a bientôt la certitude d'être manipulé, d'autant plus que Steiner n'est qu'un gagne-petit dans la hiérarchie SS. Pourquoi les services américains le recherchent-ils donc avec autant d'acharnement ?
Les criminels de guerre nazis n'ont pas tous essuyé les bancs d'un tribunal de Nuremberg, loin de là, et certains ont même été recrutés par les services de renseignement américains pour lutter contre le communisme... Intérêts stratégiques, course aux armements. Compromissions, duperies. Les prémices d'une autre guerre, froide celle-là...

Malgré un dénouement un peu rapide, ce roman est tout simplement admirable. De concision, de sobriété, de finesse. Dans son évocation du Berlin ravagé et de la fin d'un monde. Dans ses subtils aller-retours historiques au gré des souvenirs du personnage. Dans son approche psychologique des survivants. Dans son décryptage de la dialectique et des rouages de l'idéologie nazie.
Dachau, Dora, Mauthausen... La barbarie, l'imagination macabre des geôliers, la négation de l'humain.

Si on a coutume de dire que le vécu et le ressenti des déportés relèvent de l'indicible, Joseph Bialot parvient néanmoins, à travers la vision de Bert Waldeck, à nous faire approcher cette terrible réalité.

Et puis, tant que certains - évêque en tête - vomissent leur bile négationniste, ces récits s'avèrent - encore et toujours - nécessaires.

Berlin, 1945.
Au premier plan, il doit s'agir des « nissen » qu'évoque Bialot, bureaux provisoires de l'US Army.

Conseil(s) d'accompagnement : hormis la vigilance, deux très beaux textes. Seul dans Berlin, roman d'Hans Fallada, évoque la vie des habitants d'un immeuble en 1940, où se côtoient Juifs, gestapistes, résistants... Changement de décor 5 ans plus tard, avec Une femme à Berlin, le journal d'une femme écrit entre le 20 avril et le 22 juin 1945, qui nous parle de l'immeuble délabré où elle s'est réfugiée en compagnie de vieillards et d'enfants, de la famine et de la misère.

Cette chronique de lecture est originellement parue le 28 février dans Moisson noire, blog sur lequel vous pouvez lire d'autres articles de Yann.
Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article