Suite au défi 'Littérature policière sur les 5 continents' lancé en décembre 2008 sur 'La culture se partage', ce blog - créé le 1er janvier 2009 - centralise les articles concernant ce défi pour en faciliter la lecture et les liens vers les blogs d'origine.
Puma qui sommeille / Joachim Sebastiano Valdez
Des hauts plateaux andins aux déserts de l'actuel Chili, des forêts
amazoniennes aux rives du Pacifique, sans utiliser la roue, sans animaux de traits hormis le lama, les Incas parvinrent à organiser une vie décente pour des millions d'êtres humains. Comment un
tel miracle a-t-il été possible ? La première raison réside dans leur cosmologie, soucieuse d'instaurer ou de rétablir sur la Terre (le Monde d'en bas) l'harmonie souhaitée par les Dieux. La
seconde raison est à rechercher dans leurs capacités administratives et politiques hors du commun. Les Incas réussirent à organiser un état d'une cohérence rarement atteinte dans l'Histoire. Pour
gouverner des territoires plus vastes que la France et l'Espagne réunies, l'Empereur, le Sapa Inca, disposait d'une administration complexe supervisée par un corps d'élite : les Totoyrikoks,
littéralement « ceux qui voient tout ». Pendant que certains de ces hauts fonctionnaires organisaient un réseau routier digne de la Rome antique ou assuraient le ravitaillement de provinces plus
grandes que plusieurs états européens d'aujourd'hui, d'autres, tel notre héros, traquaient les criminels. La deuxième enquête de Tupac Hualpa, celle du Puma qui sommeille, se déroule dans le
contexte particulier des réformes de Pachacuti. Une dizaine d'années après le début de son règne (1438-1471), ce grand souverain commença à réorganiser en profondeur le Tahuantitsuyu (en abrégé
Tahuanti). Des peuples nouveaux faisaient maintenant partie de l'Empire, soit à la suite de conquêtes, soit par ralliements volontaires et il était devenu nécessaire de les intégrer. Par ailleurs
une nouvelle foi en Viracocha (un dieu unique, créateur de toutes choses, au fond semblable au Christ) devait coexister avec les anciennes croyances et particulièrement avec le culte d'Inti, le
Dieu Soleil. Comme ces deux religions étaient assez contradictoires dans nombre de leurs prescriptions (sacrifices humains, place des femmes, éducation des enfants et même pratiques alimentaires
et sexuelles...), cette coexistence s'avéra délicate. Traditionnellement, deux groupes se partageaient le pouvoir dans les civilisations andines, les guerriers et les prêtres-astrologues. Cette
dualité se compliqua : il y eut bientôt deux clergés et le développement matériel de l'Empire (ville, réseau routier, système postal, aqueducs...) provoqua la formation d'une « caste technicienne
» d'ingénieurs et d'administrateurs qui réclama d'être associée aux processus de décisions. Comme souvent dans l'histoire des hommes, conservateurs et réformateurs s'affrontèrent. Mais ici
s'arrête l'Histoire, place au « polar historique » !