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16 novembre 2009 1 16 /11 /novembre /2009 14:02
Morituri, de Yasmina Khadra (1997)
Lu dans Le quatuor algérien, les enquêtes du commissaire Llob
N° 510 collection Folio policier aux éditions Gallimard, 920 pages
ISBN 978-2-07-035755-0 – Couverture de Stefano de Luigi

L'auteur
Yasmina Khadra est le pseudonyme de Mohammed Moulessehoul, né en 1955 dans le Sahara algérien. C'est en 1997 qu'il entre dans la clandestinité, afin notamment de prendre ses distances par rapport à sa vie militaire. Grâce aux aventures du commissaire Llob, il acquiert une renommée internationale, et viendront par la suite des récits autobiographiques (L'écrivain en 2001, L'imposture des mots en 2002) et des romans qui illustrent le « dialogue de sourds qui oppose l'Orient et l'Occident » (Les agneaux du Seigneur en 1998, Les hirondelles de Kaboul en 2002, L'attentat en 2005, Les sirènes de Bagdad en 2006). Traduit en vingt deux langues, c'est un écrivain majeur de ces dernières années.

Le personnage
« Brahim Llob est né d'une insubordination et d'un besoin de divertir. C'est donc naturellement qu'il s'inscrit dans la volonté de plaire et d'oser. [...] Il incarne cet Algérien que personne n'écoute dans le fracas des slogans et des discours biaisés ; l'Algérien conscient des dérives de sa nation et qui tente de redresser la barre en la sachant depuis longtemps faussée. [...] Brahim Llob compte énormément pour moi. Il est mon jumeau et ma muse, mon courage et mes certitudes ; il est ce que j'aime chez les êtres et les choses : une grande part de mes rêves et de ma foi. » (Yasmina Khadra, préface au Quatuor algérien)
Ancien combattant pour l'indépendance, le commissaire Llob est un incorruptible dans un Alger dévoré par le fanatisme et les luttes de pouvoir. Avec sa langue bien pendue, écrivain à ses heures (sous le pseudonyme de Yasmina Khadra régulièrement vulgaire et misogyne, il n'est tendre avec personne, donne du fil à retordre à ses supérieurs et n'hésite pas à fouiner dans les hautes sphères de la société. Il apparaît pour la première fois en 1990 dans Le dingue au bistouri, mais c'est avec le triptyque Morituri (1997), Double blanc (1998) et L'automne des chimères (1998) que Yasmina Khadra le consacre personnage fétiche. Il reviendra une dernière fois en 2004 dans La part du mort, flash-back qui revient aux sources de la vague terroriste des années 90.

Le roman
« 'Magog' (premier titre et première version de Morituri) avait été écrit dans un état second. Je venais d'être choqué par un spectacle terrible, un attentat meurtrier. Je suis tombé dans une sorte de dépression, au cours de laquelle j'ai réglé mes comptes avec les intégristes, sans m'en rendre compte. Je me suis retrouvé avec ce manuscrit, sans me souvenir quand et comment je l'avais écrit. » (Interview de Yasmina Khadra au Monde, 12 janvier 2001)
Les années 90 : l'Algérie ploie sous la vague terroriste. Un vieux flic, Brahim Llob, refuse de céder à la panique, quand Ghoul Malek, un géant industriel, lui demande de retrouver sa fille disparue. Dans une Alger effarée, où grosses huiles mafieuses et assassins fanatiques se disputent dans l'horreur, Llob plonge dans les rouages de la manipulation.

Un roman extraordinaire, parfait pour commencer la plongée dans l'univers de Brahim Llob, à la fois violent et poignant, noir et éblouissant. Le style de Yasmina Khadra / Brahim Llob, souple et cynique (qu'il rapproche lui-même, non sans raison, de San Antonio), permet de faire passer la pilule de l'intrigue où le sordide et la cruauté vont bon train.
Le héros, magnifique dans sa droiture et auquel on s'attache vite (même si personnellement ses sarcasmes et contradictions m'ont parfois agacé), est entouré d'une palette de personnages très bien campés, régulièrement splendides dans leur humanité (le lieutenant Lino est très attachant, le vieux collègue Dine est bouleversant, Da Achour le noble est fantastique, et j'aime jusqu’à Bliss, qui à mon avis ne mérite pas l'acharnement de l'auteur).

Extrait
« — Sais-tu pourquoi les clowns mettent de la peinture sur leur figure ? Les enfants supposent que c'est pour rire. Un énorme groin rouge amuse mieux qu'un nez. Et les étoiles sur le front sont moins tristes que les rides. En vérité, Llob, les clowns se mettent des couleurs criardes sur la gueule pour fausser les traits de leur chagrin. C'est leur manière de faire semblant, de dédoubler leur personnalité. Un peu comme les oiseaux, c'est leur façon à eux de se cacher pour mourir. Et qui soupçonne la solitude d'un clown dans un cirque en fête ? Personne. Et c'est mieux ainsi. On ne s'assume que dans son secret.
Il refait face à la mer. Pour moi, c'est toute une île qui se décroche de mon archipel.
— Il y a du thé dans le Thermos, commissaire. Ça ne fait pas le bonheur d'un homme, mais ça l'aide à digérer.
Au loin, un paquebot joue à saute-mouton avec les flots. Dans le ciel boycottant nos champs et nos prières, les mouettes fusent comme des slogans.
Je n'aurais pas dû déranger un vieillard qui sait pourquoi la houle ne divertit pas les vagues quand elle se met à se déhancher. »

Le film
Production franco-algérienne, Morituri (2007) est une adaptation par Okacha Touita, avec en prime des éléments de Double blanc et de L’automne des chimères. Très fidèle au vu de l'intrigue, le film restitue avec justesse l'ambiance de guerre civile et la profondeur des personnages. Pas mal d'acteurs sont admirables, même si le jeu de certains seconds rôles laisse parfois à désirer, et voir les personnages auxquels on s'est attaché prendre vie est toujours un plaisir quand la fidélité au texte est là. Au final un film honnête, filmé dans le style années 90 ce qui le fait régulièrement ressembler à un téléfilm, à la musique sympa mais un peu lassante, de Rachid Taha.

Une chronique de lecture de Jeff.

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Publié par Jeff - dans Afrique
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commentaires

Nathalie 16/06/2010 15:16



Je viens de lire cette critique au moment de rédiger la mienne à propos de la première nouvelle de ce recueil, "La part du mort".  Je suis tombée sous le charme de l'inspecteur Llob mais
j'ai dû rendre le livre à la bibliothèque avant de découvrir Morituri ou les autres nouvelles.  Je les lirai sans doute bientôt, tant je suis d'accord avec toi : un univers "violent et
poignant, noir et éblouissant", c'est tout à fait ça. Un auteur qui mérite d'être découvert.



sylvie/cerisia 17/11/2009 11:29



Je l'ai emprunter à la médiathèque samedi pour le défi  Je lirais ton avis lorsque je l'aurais fini !



mazel 16/11/2009 16:48


même avis ! Une nette préférence pour les polars de Khadra que pour ces romans.


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